A l'origine, ce blog ne rendait compte que de notes de livres de cinéma parues dans des revues. Cela permettait de les rassembler sur un unique support (une bonne vingtaine manque et il me faudrait les rechercher et les ajouter !). Les revues papier étant trimestrielles ou semestrielles, ce blog autorise des comptes-rendus en temps réel et en avant-première, il propose des liens, photos et affiches, des extraits musicaux et filmiques, et, surtout, des corrections et compléments. C'est un confort et un avantage non négligeables ! Au fil des notes égrenées, la censure est devenue de plus en plus prenante et omniprésente, en apportant une spécificité a priori involontaire. Cela ne veut strictement pas dire que la censure du cinéma est en recrudescence : on voit partout ses obsessions là où les autres ne supputent et n'entendent rien ! Pour que ce blog soit vivant (fréquenté et lu) - faire un compte-rendu de livre quotidien est une tâche impossible - l'évidence d'une actualité censoriale est venue. J'ose donc espérer que ce blog censorial voué certes au 7° Art, mais aussi aux jeux vidéos, aux affiches de cinéma et publicitaires, aux clips et chansons..., soit original et attractif !


MERCI D'APPRÉCIER CE BLOG QUI A DÉPASSÉ SES 45.000 VISITES !

Le film Paranormal Activity d'Oren Peli trop horrorifique pour les jeunes Italiens !


Une dépêche de l'AFP rapporte que Paranormal Activity, film d'horreur venant de sortir en Italie, provoque une vague de panique chez de jeunes spectateurs transalpins, avec tremblements, vomissements, états de choc, et même un cas de paralysie chez une ado de 14 ans. Certains parents menacent d'aller en justice et de demander des dommages et intérêts et réclament une interdiction aux moins de 18 ans - une autre possibilité, peu probable, est celle aux moins de 14 ans - alors que le film est classé T, Tutti ou tous publics. Les jeunes Italiens seraient-ils plus sensibles que ceux des autres pays où tout semble être pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles ? Plus simplement, le Bureau italien de classification des films ne s'est-il pas fourvoyé, sachant que les classifications sont bien plus sévères dans d'autres Etats : 12 ans en Corée du Sud et au Portugal ; 13 ans en Argentine, au Canada et aux Philippines ; 14 ans au Brésil ; 15 ans en Finlande, Irlande, Norvège, Suède et au Royaume-Uni ; 16 ans en Allemagne, au Pays-Bas et à Singapour ? En attendant, ce drame est une pub inespérée pour ce petit film amateur qui, tourné en une semaine pour un budget de 14.000 dollars, s'avère déjà, avec 100 millions de dollars engrangés, un nouveau phénomène à la Blair Witch Project ! Synopsis : "Convaincu qu'une entité malveillante sévit dans leur maison, un jeune couple entreprend de se filmer en permanence afin de capter toute manifestation éventuelle. Or, il s'avère que la jeune femme est, depuis l'enfance, périodiquement confrontée à ce type de présence". Le film serait vraiment terrifiant : Spielberg aurait eu peur et les critiques de Libération (Bruno Icher, Paranormal Activity : le Bingo de l'horreur) et du Monde (Dorian Chotard, Autopsie d'un succès) sont élogieuses ! Pour anecdote, il existe 3 fins alternatives toutes aussi terrifiantes les unes que les autres qui paraîtront dans le DVD qui devrait aussi remporter un nouveau succès ! Nouvelle classification ou pas, cette affaire en Italie ne fait que conforter les idées préconçues d'un film de pure horreur ! Oren Peli serait-il un nouveau maître ou une étoile filante de l'horreur ?
Albert Montagne

L'essor de la 3D, vers une mise en relief de la censure ?


Avatar 3D, le film événement (populaire) de James Cameron (Titanic, Aliens, Terminator), en battant le record mondial du film le plus vu de tous les temps et continents, a braqué tous les projecteurs et yeux du 7e Art sur le monde infiniment attirant et prometteur de la 3D. C'est désormais la course à la 3D et les projets tridimensionnels abondent à qui le mieux, dans tous les domaines : fiction, science-fiction, animation, comédie musicale..., chaque réalisateur rêvant de chiffres astronomiques ! Sont ainsi annoncés Alice au pays des merveilles 3D de Tim Burton en mars 2010, Les Titans 3D de Louis Leterrier en avril 2010, Toy Story 3 3D de Lee Unkrich et Moi, moche et méchant 3D de Chris Renaud et de Pierre Coffin en juin 2010, Shrek 4 3D de Mike Mitchell en juillet 2010, Sexy Dance 3D de Jon Chu et Piranha 3D de Alexandre Aja en août 2010, Harry Potter et les reliques de la mort 3D de David Yates en novembre 2010, Smurfs 3D de Raja Gosnell en décembre 2010... Plus surprenant encore, Tinto Brass, auteur en 1979 d'un Caligula érotique déjà fort remarqué et coupé (interdit aux moins de 18 ans en Allemagne, Brésil, Chili, Corée du Sud, Finlande, France, Italie, Japon, Norvège, Nouvelle Zélande, Portugal... et ixifié en Australie, Espagne, Royaume-Uni, EU...), annonce un Caligula 3D pornographique ! De la pornographie en 3D ? Il fallait y penser ! Nul doute que le film ne fasse du bruit ! J'avoue être curieux des effets fatalement spécieux et des réactions inhérentes des censeurs sur ce nouvel usage de la technologie ! Avec la 3D, n'en déplaise aux intellectuels français, le cinéma étatsunien va gagner en profondeur et la censure est condamnée à être mise en relief !
Albert Montagne

La princesse et la grenouille et l'enfant et les poulets !


C'est une histoire peu commune, contée par Le Figaro, que vient de connaître le film La princesse et la grenouille (The Princess and The Frog) de Ron Clements et John Musker au UGC Ciné Cité les Halles. "Six adultes et leurs neuf enfants ayant acheté à une caisse manuelle des places pour le dernier Disney, furent fort marris lorsque l'ouvreuse venue refusa que le plus jeune d'entre eux, de moins de 3 ans, entrât ! Les parents, forts de leurs billets dûment réglés, pénétrèrent avec toute leur progéniture. Ce qui ne fut point du goût de la Cerbère qui, en pleine projection, mena des poulets pour chasser les rebelles (La grenouille et les poulets, fable ésopienne ?). Pour éviter toute nuitée au poste et rejoindre leurs pénates, les fâcheux durent renoncer aux 100 euros d'entrée payés. Moralité ? De grenouilles, par le fait prince, tout tomba en quenouille et ils furent bredouilles ! ". Bref - et c'est ça la magie du cinéma ! - UGC montre comment transformer un heureux conte de fées en un triste compte de faits ! Questions. Comment un film familial peut-il être interdit à des enfants ? L'exploitant s'est référé à un vieil et quasi séculaire arrêté préfectoral de Paris de janvier 1927, toujours en vigueur, qui précise que : " Toute entrée est interdite aux enfants de moins de 3 ans " (le son serait trop fort pour les tout-petits qui, au surplus, se déconcentrent au-delà de 30 minutes). Cet interdit policier étant des années 30, cette réglementation est-elle toujours d'actualité à l'ére du numérique et de la 3D ? (Etant de Paris, il ne concerne que la seule capitale). Une telle infraction nécessitait-elle le déplacement d'une dizaine de pandores pour des parents et enfants, somme toute pacifiques et non violents, aux places non resquillées ? (Les poulets n'avaient-ils pas d'autres chats à fouetter ?). Si Nemo ignorare legem (Nul n'est censé ignorer la loi), l'exploitant n'est-il pas aussi fautif s'il n'affiche pas publiquement et ostensiblement ladite réglementation (comme pour la défense d'alcools ou de tabacs à des mineurs !) ? Bon, on respire, l'affaire aurait pu être bien pire avec La princesse et le crapaud !
Albert Montagne

Le baiser de la lune de Sébastien Watel interdit d'école !


Le Baiser de la Lune, un court métrage de 26 minutes de Sébastien Watel sur l'homosexualité à l'intention des élèves de CM1 et CM2, fait actuellement polémique en France. Ce petit film d'animation poétique, qui (ra)conte les relations amoureuses entre deux poissons mâles, Félix, un poisson-chat, et Léon, un poisson-lune, divise des parents d'élèves et des défenseurs de la tolérance. Le cinéaste se dit sidéré du tollé soulevé : son film n'aborde à aucun moment la sexualité mais simplement le sentiment amoureux, comme dans tout conte de fées. Suite aux pétitions reçues, Luc Chatel, le ministre de l'Education nationale, s'est déclaré opposé à l'utilisation en classe d'un court-métrage d'animation sur l'homosexualité, ce qui fait que le court est désormais privé d'école et que cette décision a pris une tournure politique et oppose désormais élus, adultes, associations de parents d'élèves, associations de lutte contre l'homophobie... En attendant, le film, d'un budget conséquent de 150.000 euros, continue son bonhomme de chemin. Il n'est pas encore bouclé, devrait sortir en mai et une souscription (de 20, 50 euros ou plus) est lancée sur le site du film. La morale de cette histoire ? Que ce soit, sur Terre ou sous mer, pas facile de s'aimer !
Albert Montagne

Censures religieuses du Cycle menstruel du fantôme du Puncak en Indonésie !


Le film comico-horrorifique Hantu Puncak Datang Bulan (The Menstruating Ghost of Puncak, Le cycle menstruel du fantôme du Puncak) du cinéaste Stedy Rimba est sorti ce jeudi en Indonésie, pays à majorité musulmane, avec l'autorisation de la censure nationale sous réserve de quelques coupes. Nonobstant, les autorités religieuses ont vu rouge. Elles estiment que de nombreuses scènes sont contraires aux principes de l'islam et, bien que n'interdisant pas la diffusion du film, conseillent fortement aux bons Musulmans de ne pas aller voir les scènes de sexe, de violence, de décapitation et - vu l'intitulé métrique - de sang (dé)versé, ce qui brandit de facto le spectre d'une censure religieuse ! Et pourtant, au vu du trailer, le film semble pseudo érotique, quelque peu gore, mais bien comique par son horreur, les effets spéciaux étant rudimentaires, le réalisateur et les acteurs ne se prenant certes pas au sérieux ! Comme quoi, la frontière entre le (film) X et le (film) Z est parfois ténue ! Mais l'affaire n'est pas finie car Le Monde rapporte que la société K2K qui distribue le film, suite aux menaces du Front des Défenseurs de l'islam (FPI, mouvement radical n'hésitant pas à utiliser la violence) d'attaquer les cinémas qui programmeraient le film, s'est auto-censurée et a préféré annuler d'elle-même la sortie du film. Le comble est que le FPI est invité à visionner la version définitive du film pour donner son opinion et donc son autorisation ? Bref, qui contrôle réellement les films en Indonésie ? La nouvelle version sera-t-elle appréciée ?
Albert Montagne

L'Italie censure les vidéos en ligne !


L'Italie censure le net en obligeant, par décret, de soumettre les diffuseurs de vidéos en ligne à une demande d'autorisation pour toute diffusion de vidéos sur son réseau national. Ce décret, dit Romani, qui assimile les sites internet aux chaînes de télévision et de radio, soulève, d'une part l'indignation des internautes qui y voient une grave atteinte à la liberté d'expression, d'autre part la colère des membres de l'Opposition qui y voient une façon pour Berlusconi de protéger les contenus de ses chaînes télé. Si les principaux sites visés sont YouTube et DailyMotion, nul doute que les Italiens, de tous âges et de tous bords politiques, censurés ne fassent union pour protester contre cette limitation nouvelle à voir des extraits de films, des clips musicaux, voire d'émissions télévisées ou d'hommes et de femmes politiques saisi(e)s dans la rue ! Ce décret respecte-t-il la Constitution italienne ou, tout simplement, la Directive européenne relative au développement de l'offre légale de contenus culturels et créatifs en ligne et à la prévention et à la lutte contre le piratage dans l'environnement numérique dont il se dit inspiré ?
Albert Montagne

L'Australie censure les petits seins !


Le Parti Australien du Sexe (ASP) dénonce l'interdiction par le Bureau de classification australien (ACB) de toute vidéo ou image de poitrine nue trop menue sur le net. Cette décision, qui valorise les gros nichons au détriment des petits seins, peut paraître bien puérile, étrange et dénuée de tout fondement rationnel et juridique. Elle est profondément discriminatoire et montre jusqu'où peut aller la (dé)mesure d'une censure ! Bref, viva Italia et les femmes felliniennes aux formes généreuses et démentielles ? Mais quelle peut bien être la justification réelle de cette prohibition ? Serait-ce le (mé)fait de groupes de pressions de chirurgie esthétique spécialisés dans les implants mammaires ou la crainte de fantasmes de prédateurs du sexe attirés par les poitrines plates et adolescentes ? Méfions-nous ! Le censeur australien s'attaque d'abord aux seins ! Quelle sera donc sa prochaine cible ? Nul doute qu'il ne vise bientôt les fesses planes et sans relief ! En attendant, la guerre des seins aura-t-elle lieu ? Qui est pour ou contre les petits ou les gros seins ? Ou tout contre, pour reprendre un bon mot de Sacha Guitry ?
Albert Montagne

Avatar privé de diffusion en Chine !


Décidément, Avatar est plus que jamais le film des records : records d'audiences et, surtout, vu ce blog, records de censures : une première autocensure, morale, pour une scène de sexe entre Extraterrestres ; une seconde censure, privée, des anti-fumeurs américains pour incitation à fumer ; une troisième censure, privée, de Communistes soviétiques pour vol des idées de la grande SF soviétique ; une quatrième censure, religieuse, du Vatican pour apologie animiste de la Nature. S'y ajoute une cinquième censure, publique, des Communistes chinois qui voient d'un mauvais oeil qu'un film capitaliste soit populaire et ameute les foules cinématographiques chinoises au détriment de leur propre cinéma national. Surtout, Avatar véhicule, de façon imprévisible, un problème sociétal spécifiquement chinois. L'expropriation des Na'vis, les doux ET bleus chassés de leur habitat naturel par les Terriens, rappelle fâcheusement celle des Chinois, expulsés de force de chez eux par les promoteurs verreux et matraqués par la police. Le message filmique des aliens prenant les armes pour une juste cause passe fort mal dans les hautes sphères jaunes et la distribution du film doit cesser pour que Confucius de Hu Mei, une méga production nationale, puisse triompher et apporter un message patriotique et pacifiste plus consensuel et conforme avec la philosophie étatique. Avatar Vs Confucius. Why not ?
Albert Montagne

PS. En attendant une sexte censure, ne vous privez pas de lire Avatar, écographie ou échosystème ? , une analyse pertinente de Dobbs qui démonte la magie d'Avatar en remontant le temps de la BD et du 7e art !

Blade Runner, The Director's Cut. Censure ou pub ?





Ce soir, Fr 3 nous offre Blade Runner, The Director's Cut de Rydley Scott, le titre banalisant sur le petit écran la pratique désormais courante d'une seconde mouture DVDtique qui suit assez vite la version filmique, dite La version du réalisateur. L'intitulé américain de Director's Cut prête grandement à confusion comme l'expression a un double sens : c'est le premier montage proposé par le cinéaste à son producteur, c'est aussi la version définitive revendiquée par le cinéaste. Petite précision, le film qui oppose le plus la Version du réalisateur à celle du producteur est... Blade Runner ! Si le réalisateur propose sa version, n'est-ce pas parce qu'il a été auparavant censuré par son propre producteur et qu'il veut affirmer sa main-mise ultime ? En fait, le cinéma étatsunien, plus que partout ailleurs dans le monde, est un business qui vise le public le plus large, essentiellement les adolescents, ce qui explique que l'impératif commercial numéro 1 soit que le film touche tous les publics et ne soit surtout pas interdit aux enfants : c'est pour cela que James Cameron a auto-censuré une scène de sexe dans Avatar ! Le second impératif est que le film aie une seconde carrière qui passe par le DVD. La version cinéma de Blade Runner, longue de 117 mn, est de 1982 ; la Director's Cut, longue de 112 mn, est de 1992 (plus courte et, paradoxalement, (re)censurée ?). Pour une fois, les deux versions se justifient car les fins sont différentes (dites alternatives). Il existe aussi une Final Cut de 2007 qui présente toutes les versions (en fait sept), le film ayant subi de nombreuses mutations. Faut-il donc préciser que le producteur dicte sa volonté au cinéaste et que la Director's Cut est un argument de vente, comme la Uncensored Director's Cut (Version non censurée), comme le Collector (version luxueuse avec force bonus, souvent en double DVD), comme la Director's Recut (édition - naturellement - limitée !) ? Les films américains n'en finissent donc pas de sortir en énièmes versions pour être vus par le plus de spectateurs et de cinéphiles possible. Pour tout comprendre et savoir sur la Director's Cut, je conseille la lecture de Michel Marie et François Thomas (s/d), Le Mythe du Director's Cut, le numéro 11 de l'excellente revue Théorème, dont la couverture illustre justement l'une des fins de Blade Runner, film d'ailleurs plusieurs fois étudié (cf. notamment Au moins, j'ai ma licorne de Jonathan Rosenbaum, pp. 54-57) et la pertinente note de lecture de Michel Cadé. Je rappelle la trame de Blade Runner. Los Angeles, 2019. Les mégalopoles sont des dépotoirs, les hommes quittent la Terre polluée et pluvieuse à la recherche de nouveaux espaces. Dans les colonies, une nouvelle race d'esclaves voit le jour : les répliquants, des androïdes, parfaites répliques des hommes que rien ne distingue des humains. Parmi eux, quatre Nexus 6, deux mâles et deux femelles, trois programmés pour le combat, un pour le plaisir, se révoltent et sont pourchassés par Rick Deckard, le meilleur Blade Runner qui soit. Mais n'existerait-il pas des Nexus 7 et 8 cachés, encore plus perfectionnés et indétectables ? Le film est un chef d'oeuvre de la SF. Les décors futuristes sont hyper réalistes (crasse et détails à la Sergio Leone), la musique de Vangelis, omniprésente et prenante, plonge d'emblée le spectateur dans un autre monde. Le film mêle les genres : film noir, science et fiction, suspense, action, et pose des questions philosophiques et religieuses... Pour une fois, les différentes versions (et fins) se justifient et permettent de réfléchir sur la nature humaine. Qui est le plus humain ? Le répliquant ou l'homme ? Qui est le plus digne de survivre ? Le répliquant ou l'homme ? Un film à voir et à revoir dans toutes ses versions : filmiques, vidéo-ludiques et bédéphiles !!!
Albert Montagne

Des 12 salopards aux Inglourious basterds, Putain de guerre !












Quel est le point commun entre Les 12 salopards (The Dirty Dozen, 1967) et Inglourious basterds (Le commando des bâtards, 2009) ? Ne cherchez pas inutilement dans les génériques les moindres noms d'acteurs et actrices communs, la solution se trouve tout autre part ! Elle est d'abord dans les intitulés : il y a des salopards chez Robert Aldrich et des bâtards chez Quentin Tarentino ! Elle est ensuite dans les mêmes période et trame historiques, sous la Seconde Guerre mondiale, et oppose des Américains à des Allemands tous aussi sanguinaires, assassins et déments, les uns que les autres : en 1944, peu avant le débarquement allié en Normandie, des soldats américains condamnés pour viol, meurtre, désertion, acceptent une mission suicidaire ; dans la France occupée, un groupe de soldats juifs massacre le plus de Nazis possible. Cependant, à tous ces salopards et à ces bâtards, on peut aussi franchement ajouter d'autres salauds et encore plus de salopards qui tuent à foison, dans des bains de sang effroyables, des hordes de boches et de SS ! En effet, André de Toth présente des Enfants de salauds (Play Dirty, 1968), Tonino Ricci 2 salopards en Enfer (Il Dito Nella Piaga, 1969), Umberto Lenzi Les derniers salopards (La légion des damnés, La legione di dannati, 1970) et Enzo G. Castelladri Une poignée de salopards (Quel maledetto treno blindato, Inglorious Bastards, 1978). Tous ces intitulés, éminemment grossiers et orduriers, veulent seulement traduire de façon réaliste et imagée la belle saloperie qu'est la guerre qui transforme les civils les plus doux en soldats sanguinaires et sadiques. On comprend donc qu'elle ne puisse être faite que par les pires repris de justice et condamnés à mort qui soient ! Ceux-ci n'ont rien à perdre - si ce n'est leur vie - et ont tout à gagner : massacrer et espérer gagner leur liberté. De fait, les militaires en guerre, qu'ils soient des héros ou des repris de justice, ont peu de chance de vivre mais ont une bonne raison de mourir, d'une belle mort, au combat. Tarentino, lui, remet la sémantique martiale au gout du jour avec son Inglourious Barterds qui reprend l'intitulé américain du film italien Une poignée de salopards de Castelladri précité (comme quoi salopards et bâtards sont tous frères (d'armes) !) et qui le modifie pour éviter une redite ou confusion. Mais, mine de rien, Inglourious Basterds se différencie doublement de Inglorious Bastards car le film, même s'il s'en inspire phonétiquement, est tout autre : basterds contre bastards et Inglourious contre Inglorious ! Inglourious Basterds n'est pas de l'argot ou une faute d'orthographe ou de mauvais gout mais une déformation de mots mangés et mâchés à la va-vite ("à l'américaine" !) qui suggère que les normes ne comptent plus et se désagrègent comme une société (en guerre) qui tombe en déliquescence. Pour finir, il faut signaler que Les 12 salopards est le remake de L'invasion secrète (The Secret Invasion, 1964) de Roger Corman (qui s'éloigne de son domaine fantastique) et que Robert Aldrich a réalisé un film qui n'a pas pris une ride, qui ne manque pas d'humour, de suspense et d'action, et qui fait date dans le genre martial. Mentions spéciales à Ernest Borgnine, Robert Ryan, Lee Marvin, George Kennedy, Charles Bronson, Telly Savalas, Donald Sutherland et John Cassavettes (fabuleux). Un sacré moment avec FR3 ce soir donc !
Albert Montagne

Les Communistes de Saint Petersbourg voient rouge avec le film Avatar de James Cameron


Décidément, le film Avatar bat les records de recettes et accumule aussi les censure (classifié pro fumeur aux EU) et auto-censure (scène de sexe coupée par le cinéaste). Selon 20minutos.es, les Communistes de Saint Petersbourg demandent, ni plus ni moins, l'arrestation de James Cameron qu'ils accusent d'avoir volé les idées de la Science-fiction soviétique pour son film Avatar. Ils exigent que leur pays demande à Interpol de lancer un mandat d'arrêt international contre le cinéaste canadien et qu'il soit arrêté dans tout Etat appartenant à Interpol, un peu comme Roman Polanski arrêté en Suisse pour un mandat international lancé par les EU. De plus, le film avec ses extraterrestres ferait peur aux petits Russes qui passeraient des nuits blanches (avec des Martiens, ils auraient été verts de peur) et n'arriveraient plus à dormir en étant traumatisés par les affreuses faces bleues. Deux solutions : soit offrir à ces pauvres chérubins, l'intégrale des Schtroumpfs du Belge Peyot, soit transformer les homme bleus en rouges par une manipulation technologique qui ne devrait pas rebuter les magiciens étatsuniens des effets spéciaux. Cette organisation n'en est pas à sa première provocation : en 2008, ses membres avaient déjà critiqué Olga Kurylenko, la James Bond ukrainienne de Quantum of Solace qui trahissait (au cinéma) son camp et avaient aussi protesté contre la projection du film Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal de Steven Spielberg pour sa propagande anti-communiste. En 2009, ils avaient demandé à l'actrice et chanteuse Madonna de ne pas être trop sexy lors d'une tournée à Léningrad.
Albert Montagne

20minutos.es ajoute qu'Avatar connait aussi une autre voix discordante, celle du Vatican qui, par la voie de L'Osservatore Romano, voit dans Avatar "une parabole anti-impérialiste et anti-militariste sans vraies émotions". Radio Vatican accuse accuse le film de favoriser "le culte de la nature" et de "pseudo-doctrines qui font de l’écologie la religion du millénaire".

Le journal d'une fille perdue ou Louise Brooks éperdue et Pabst censuré !


Pourquoi faut-il que les films muets, de surcroît noir et blanc, soient diffusés à des heures tardives, frôlant minuit, l'heure des fantômes pour les amateurs de frissons, ou l'heure des érotiques pour les mateurs de chairs de poules ? Le journal d'une fille perdue (ou Trois pages d'un journal, 1929) est un chef d'oeuvre de Georg Wilhelm Pabst que nous propose FR 3 avec Louise Brooks, beauté fatale à la coupe éponyme (ou à la Prince Vaillant ou Casque noir) échappée de la boîte à Pandore (Loulou, déjà de Pabst) et responsable de tous les maux que provoquent l'Amour fou et les Amours folles, car Louise Brooks prend indistinctement dans ses rets hommes et femmes. Comme le suggére le titre, Le journal d'une fille perdue est un drame affreux : séduite à 16 ans par l'employé libidineux et arriviste de son père pharmacien, la petite Thymiane - prénom apparemment poétique, en fait référent à autre nom du thym que son père, herboriste, doit apprécier et vendre - tombe enceinte. Reniée par ses parents, elle est envoyée dans une institution catholique très stricte où son enfant lui est retiré à sa naissance. Elle s'évade, croisant dans sa descente aux enfers dans un escalier un petit cercueil qui s'avère être celui de son enfant. Folle de désespoir et plus que jamais sans famille, elle entre dans une maison close où elle trouve la chaleur et le bonheur des filles de joie. Son père décédé, elle épouse un jeune aristocrate désargenté qui se suicide puis vit avec son oncle. Vu le sujet, on comprend que le film ait été censuré : le film prône la liberté sexuelle, vante la prostitution (la (grand-)mère maquerelle et les prostituées sont toutes des mère et soeurs aimantes pour Thymiane) et suggère que la bourgeoise allemande est corrompue - Elisabeth, la gouvernante "engrossée" des oeuvres du père de Thymiane, est renvoyée dès le début du film - et l'Allemagne nazie est un immense bordel où se réfugient les filles de bonne famille (les servantes enceintes des patrons sont jetées à la rue). Le film est amputé de nombreuses séquences trop libertaires et voit même sa fin modifiée : dans la version censurée, Thymiane reprend le droit chemin de la morale (c'est la version proposée ce soir, qui est cependant la plus proche de l'originale) ; dans la version originale, elle prend la direction du bordel, s'enfonçant au contraire dans le vice. Le pire est que la vie de Louise Brooks ressemble à celle du film. Louise Brooks finit rejetée et seule. Jean-Luc Douin, dans son Dictionnaire de la censure au cinéma, images interdites, écrit que "Louise Brooks est violée à 9 ans (...) corrompue à 14 ans (...) accusée d'être délurée, de moeurs légères, à l'affut des garçons (...) à 15 ans, elle fréquente des hommes riches". Quoiqu'il en soit, le film comprend de nombreuses scènes d'anthologie : le réfectoire où les filles mangent en cadence, le dortoir où la chambrée se révolte contre le couple de surveillants, le bordel où Erika déshabille Thymiane et la transforme en poule de luxe : elle découvre et apprécie le champagne, danse avec un homme, courbe langoureusement son cou en arrière en donnant ainsi son accord pour l'acte sexuel, le restaurant où Thymiane, magnifique et entourée d'un essaim d'hommes affolés, retrouve son père remarié, la plage où Thymiane danse et joue... En conclusion, Louise Brooks est magnifique et, corroborant la définition du chef d'oeuvre qui est un film qui ne vieillit jamais et qui séduit toujours le spectateur, reste la star immortelle et janusienne, mi-candide mi-perverse, qui laisse sans voix et éblouit d'un regard profond appuyé d'un sourire radieux sa victime consentante. A voir et à revoir sans faim.
Albert Montagne

Mad Max, film censuré et ixifié pour violence en France !


Ce soir FR 3 nous gratifie de Mad Max, un western à gros chevaux vapeur ou road-movie apocalyptique de George Miller de 1979, Prix Spécial du Jury du Festival international du film fantastique d'Avoriaz en 1980. Dans un futur proche et un pays indéterminé et déliquescent, Max, a lonesome cop, fou de douleur d'avoir eu sa femme et son enfant sciemment écrasés par une bande de motards assassins et sadiques, se transforme en vengeur noir à bord de son Interceptor, un bolide au moteur gonflé, plus puissant que celui des motos les plus rapides. Le film est jugé à sa sortie si violent qu'il est marqué, le 28 avril 1980 en France, du sceau infamant du X non pornographique mais d'incitation à la violence (la violence est d'ailleurs un leitmotiv publicitaire du film), ce qui prohibe ipso facto sa diffusion aux mineurs de moins de 18 ans. Cet interdit filmique méconnu permet à la Censure étatique d'éviter l'interdiction totale, mal vue de l'opinion publique, en la remplaçant par l'ixification, plus intimiste et tout autant efficace : le film ixifié est surtaxé de 300.000 francs pour les longs métrages et de 150.000 francs pour les courts métrage ; il se voit refuser toute forme d'aide financière ; il ne peut être projeté que dans les seules salles X, dites pornographiques, numériquement restreintes et situées uniquement dans les grandes villes ; au surplus, les spectateurs "classiques" sont peu chauds de devoir fréquenter des lieux et un public trop "spécialisés". Bref, l'ixification pour violence, moins justifiée (esthétiquement) que celle pour pornographie - et qui peut être assimilée pour certains films à une censure politique déguisée - permet de tuer la distribution et la carrière d'un film. Cette redoutable arme censoriale ne fut utilisée que pour 10 films. Citons, de 1976 à 1980, La chasse sanglante, Ce n'est qu'un jeu, maman, Le pique-nique, Massacre à la tronçonneuse, la proie de l'auto-stop, Brigade anti-racket, Les guerriers de la nuit, Prison de femmes et Zombie. Finalement, après le succès du second opus Mad Max 2, Le défi, Mad Max est libéré et autorisé aux mineurs de 16 ans en France en 1982. De nos jours, le film apparaît bien sage avec sa violence dépassée (les viols, tortures et meurtres sont bien présents mais ne sont que suggérés) et avec sa musique surannée, mais reste toujours prenant (on ne s'ennuie pas un seul instant), comme quoi la censure et ses interdits n'obéissent qu'à des considérants moraux et sociétaux toujours éphémères et mouvants.
Albert Montagne

Le film Avatar de Cameron classifié pro fumeur aux EU !


La France est connue pour sanctionner les affiches de cinéma où la seule présence d'une cigarette, d'un cigare ou d'une pipe, avec ou sans fumée, est considérée comme une incitation et donc comme une infraction à la loi Evin (qui touche aussi les alcools). Les EU sont encore plus extrémistes et critiquent non pas les affiches mais aussi le contenu d'un film où les gens fument. Ainsi, le site (heureusement) officieux - indépendant et non public - SceneSmoking classifie les films selon la quantité de tabac ingéré et expulsé en leur attribuant 4 logos : Poumon rose (sans tabac), poumon gris léger (peu de tabac), poumon gris sombre (trop de tabac) et Poumon noir (vraiment trop de tabac). Le film Avatar de Cameron a écopé d'un poumon noir (et pas bleu, car Pandora !) car "In the world of Avatar, everything is modern and technologically forward, but obviously the creators were not thinking forward when they included smoking in several scenes of the movie". Ainsi, Grace Augustine, le docteur (!) joué par Sigourney Weaver, y fume comme un pompier. Le comble pour un film écologique ! Le pire est que le réalisateur - qui avait déjà censuré une scène de sexe comme je l'avais signalé - a du s'expliquer comme le rapporte Première.fr : "Elle est grossière, elle jure, elle boit, elle fume. D'un point de vue fictionnel, il était clair que Grace ne faisait pas beaucoup attention à son corps. Davantage à son avatar, ce qui fustige le comportement des humains d'aujourd'hui". Le cinéaste se refuse cependant à toute censure (sur le tabac) : "Les films sont faits aussi pour refléter la réalité. Si on peut montrer des gens qui mentent, tuent ou volent dans un film tout public, alors pourquoi imposer une morale quant au tabac au cinéma ?". Ironie du Destin, Avatar, avec un milliard de dollars de recette, explose le box-office mondial et fait un tabac planétaire, ce qui, plus que jamais, devrait énerver les anti-tabacs !
Albert Montagne

Bilan cinématographique 2009. Le Centre national de la cinématographie n'est plus ! Vive le Centre national du cinéma et de l'image animée !


L'un des événements les plus importants de l'année, voire de la décennie ou plus, est le changement d'appellation du CNC, Centre national de la cinématographie, en Centre national du Cinéma et de l'image animée (changement remontant à 1946). Curieusement, cet événement est passé dans la quasi indifférence. Il faut dire, tout aussi bizarrement, que malgré ses nouvelles attributions, le CNC garde son abréviation antérieure : il aurait du devenir le CNCIA (une osmose fortuite et fâcheuse entre CNC et CIA), mais il reste le CNC ! Encore plus étrangement, si l'on réfléchit un tant soit peu, ce nouvel intitulé est un pléonasme qui semble avoir échappé à nos dirigeants heptartistes. Le cinéma est l'abréviation du cinématographe qui, comme tout un chacun le sait, est étymologiquement, graphe/image et cinéma/animé, l'image animée ! Bref, le Centre national du cinéma et de l'image animée est doublement animé et ne manque donc pas d'animation ! C'est l'ordonnance du 24 juillet 2009 - en pleines grandes vacances estivales - qui, dans le cadre de la simplification et de la modernisation du droit français, définit le nouveau nom du CNC et ses nouvelles attributions. L'image animée, la nouvelle fonction du CNC, montre la préoccupation présente et future de l'Etat, les technologies nouvelles : production audiovisuelle, vidéo et multimédia, incluant le jeu vidéo, qui s'immiscent de plus en plus dans le cinéma. Sachant que pas mal de jeux vidéos sont souvent concoctés parallèlement à la réalisation d'un film pour pouvoir sortir en même temps (il n'y a qu'à penser à Avatar de Cameron), sachant que l'image de synthèse prend de plus en plus de place dans les films de fiction (il n'y a qu'à repenser derechef à Avatar), on peut comprendre cette extension nominale. Sont donc visés les images de synthèse, le numérique, le multimédia et l'internet. Question. La Commission (nationale) de classification des oeuvres cinématographiques va-t-elle aussi, sous peu, changer d'intitulé et voir sa mission élargie ? C'est à voir !
Albert Montagne

Bilan de fréquentation 2009 du cinéma français

Le Centre national du cinéma et de l'image animée (CNC), par sa Lettre du CNC n° 70 (numéro bimestriel de décembre 2009 et janvier 2010), dresse le bilan chiffré du cinéma français en 2009 (en fait, sur la période janvier-novembre 2009). Selon les estimations de la Direction des études, des statistiques et de la prospective (DESPRO), la fréquentation des salles du cinéma français a atteint 20,8 millions d’entrées au mois de novembre 2009, soit 14,8 % de plus qu’en novembre 2008. En tout, 178,7 millions d’entrées ont été réalisées sur les 11 premiers mois de l'année, soit 4,0 % de plus que sur la période janvier-novembre 2008. Avec l'ajout des résultats du mois de décembre 2009, qui ne seront publiés qu'en janvier, la progression du cinéma français devrait être encore plus positive. On peut espérer une hausse de 5 % et les salles de cinéma devraient avoisiner les 200 millions d'entrées, soit l'un des meilleurs résultats depuis 30 ans ! On peut donc se poser quelques questions. Pourquoi dit-on que le cinéma est en crise ? Qu'il est menacé par le piratage, le téléchargement et le streaming ? Ceux-ci ne touchent-ils pas un autre public ? Pourquoi donc certains crient-ils famine et au loup ? Réclament-ils à corps et à cris (à moins que ce ne soit à tort et à tri) des mesures restrictives, bref une censure ?
Albert Montagne

Avatar auto-censuré par James Cameron


James Cameron a déclaré dans 20minutos.es avoir auto-censuré son tout dernier film Avatar. Le cinéaste a coupé la séquence de sexe entre la belle Na'vi ou Extra-Terrestre Neytiri (Zoe Saldane) et le beau marine ou Terrien Jake (Sam Worthington) qui voyaient trop vite la vie en bleu (un marine qui tombe amoureux de la Na'vi, c'est un sujet bateau ! ). La scène qui était beaucoup plus longue, d'abord coupée, avait failli être présentée dans son intégralité, mais le réalisateur, pour être certain que son film reste tous publics, a finalement préféré la soustraire. Cette auto-censure entre une Alien et un Terrien (ou son Avatar) n'est pas une première et rappelle celle de Tim Burton dans La planète des singes qui dut renoncer à toute scène hot entre la belle primate Ari (Helena Bonham Carter) et l'ardent humain Léo (Mark Wahlberg). Mais que tous les puristes soient doublement rassurés : 1. Cette auto-censure n'est qu'un avatar de censure ! 2. La scène complète de Jake and Neytiri intimes sera rajoutée dans le DVD à sortir : le film dure présentement 2 h 41, la version longue sera de 3 h 09.
Albert Montagne

Quoi de neuf Coco ?












En cette fin d'année cinématographique (et censoriale) 2009, Coco Chanel est derechef à l'honneur avec le film Coco & Igor de Jan Kounen. En regardant l'affiche, on se rend compte que Coco fume, ce qui valut "justement" une censure à l'affiche de la précédente Coco, Coco avant Chanel de Anne Fontaine. Deux questions donc. 1. La nouvelle affiche sera-t-elle aussi censurée en 2010 dans les réseaux Métrobus comme sa malheureuse consoeur ? 2. Quelle est, au choix, la plus belle affiche ou la plus belle Coco ?
Albert Montagne

PS. Les deux Coco, les belles Anna Mouglalis et Audrey Tautou, non contentes de fumer, boivent aussi. Dans les deux cas, elles sont susceptibles d'être interdites de publicité par la Loi Evin. Moralité ? Les féministes ne doivent ni fumer ni boire mais elles peuvent draguer et causer. A tout réfléchir, c'est meilleur pour le mental !

PS Bis. Coco est aussi, pour les cinéphiles, une référence au (bon) film L'alpagueur de Philippe Labro (1975) avec J.-P. Belmondo et, surtout, Bruno Cremer, sublime en crapule assassine.

Romy dans L'enfer


Les images inconnues du film inachevé d'Henri-Georges Clouzot,
Serge Bromberg (texte de),
Albin Michel - Lobster,
Décembre 2009, 160 p., 25 euros.

Après L'enfer, le film, Serge Bromberg présente Romy dans l'enfer, le livre. L'intitulé révèle que Romy est bien le coeur du film. Elle est l'allégorie de la Femme suscitant la folie du mari qui, persuadé que tous les hommes et les femmes désirent sa femme, plonge et se noie dans l'enfer de la jalousie ! Si je suis allé voir le film pour Clouzot, j'ai été subjugué par la beauté de Romy qui efface le drame de Clouzot impuissant à finaliser son film. En 1964, Romy Schneider et Serge Reggiani tournent l'Enfer de Clouzot. Au bout de 3 semaines, la production cesse, Reggiani et Clouzot ont des problèmes de santé. Dans les années 2000, Bromberg redécouvre et ressuscite l'Enfer. Ce livre est le journal de bord de son sauvetage. Tout commence en 2005 par une panne d'ascenseur avec Ines Clouzot, propriétaire des droits du scénario, raccompagnant Bromberg bredouille qui voulait son autorisation, et qui change finalement d'avis. Les Archives françaises du film, gardiennes des 185 boîtes du film, les confient à Bromberg qui découvre ce que personne n'avait vu depuis 1964 et qui complète ces images en rencontrant les témoins du film. Le livre est découpé en 4 parties. 1. L'enfer, un film mythique. En 1963, Clouzot (56 ans) veut que son nouveau film marque le cinéma. Il a rencontré Romy (25 ans) qui est une grande actrice en France malgré ses origines autrichiennes : un fac similé de la Direction générale du travail et de l'emploi du 5 juin 1964 montre que l'administration française ne plaisante pas avec les étrangers : "Vous avez bien voulu solliciter une autorisation temporaire de travail en faveur de l'actrice allemande Romy Schneider (...). J'ai décidé d'accorder à cette étrangère l'autorisation sollicitée (...). La présente lettre (...) doit être produite lors de toute requête à des fonctionnaires habilités à contrôler la situation des étrangers au regard de la législation française concernant l'emploi de la main d'oeuvre étrangère". Si Romy est d'emblée Odette, l'héroïne du film, Marcel devait être joué par Yves Montand, puis Raf Vallone et Burt Lancaster. Finalement, Serge Reggiani est choisi. Le titre du film change plusieurs fois : c'est La ronde, puis L'enfer et Inferno. 2. Les essais. Romy hypnotique. Pour filmer la folie de Marcel, Clouzot était intéressé par le film "Image du monde visionnaire" d'Eric Duvivier et Henri Michaux sur des visions hallucinatoires sous mescaline car il voyait une analogie entre les visions sous drogues et celles résultant des pathologies mentales. L'Héliophore de Dufay, nom du système de photographie et de son inventeur, trouvé, Clouzot doit montrer les crises de jalousie qui déforment le monde de Marcel. Il se rend au Musée des arts décoratifs pour filmer l'Exposition formes nouvelles et transposer les oeuvres au cinéma. Il met les acteurs derrière des formes étranges et des lumières mouvantes, déformant les formes et les lumières. Les producteurs de la Columbia, qui contrôlent Orsay Films, admirent les premières images et accordent un budget illimité au film. Libéré de toute contrainte financière, Clouzot engage trois équipes de techniciens. Il se lance dans des essais cinétiques avec Joël Stein et Jean-Pierre Yvarral qui coupent les visages en deux, déforment les silhouettes derrière des ressorts, des nuages d'eau ou des objets de cristal, multiplient les filtres de couleurs, recouvrent les acteurs de maquillage bleu ou vert et de rouges à lèvres multicolores. Les essais sont interminables. Romy évoque les longues journées à filmer uniquement son oeil, ses lèvres, sa langue, ses dents. Pour les couleurs, Michel Deruelle et Claude Léon séparent les couleurs fondamentales (rouge, bleu, vert) pour donner des rendus radicalement différents. 3. Le tournage, Romy sulfureuse. Le tournage débute à Garabit. Aux 150 techniciens, s'ajoutent presque autant d'acteurs et de figurants, sans compter la foule de curieux, ce qui exige une coordination qui n'existe pas. Georges Valon, directeur de production, remarque que le chantier du viaduc de Garabit a nécessité moins de monde que l'équipe de L'enfer. Une salle de montage est installée sur place, dans l'hôtel du viaduc de Garabit où doivent loger les techniciens clés, les scriptes, la monteuse, les directeurs de la photo, les cadreurs et les acteurs. Comme il est insomniaque, Clouzot réécrit la nuit des pages du scénario, ne laisse dormir personne, réveille ses techniciens, exténue ses équipes. Reggiani est remonté contre Clouzot qu'il surnomme la Clouze : Clouzot le fait courir pendant des journées et des kilomètres sous un soleil de plomb. Romy est prête à tout pour Clouzot. Même si le contrat exclut toute scène de nu, elle accepte de tourner la séquence de la voie ferrée où elle est attachée et menacée par le train qui arrive. L'érotisme et la violence dégagés sont extraordinaires. Romy dénudée, il faut ajouter, en 1964, la surprise et l'excitation. L'ambiance du film, qui n'en finit pas, est de plus en plus tendue et Reggiani est hospitalisé pour dépression (ou pour une fièvre de Malte transmise par des fromages de chèvre). De son coté, Clouzot a un infarctus. A quelques jours de l'ouverture du barrage, date limite de tournage du film, Clouzot stressait car qu'il savait qu'il ne pourrait jamais finir son film. De plus, Clouzot tournait une scène d'amour lesbien entre Romy et Dany (Carrel), il faisait très chaud et son coeur n'a pu supporter de filmer uns scène trop chaude. Le film sera définitivement interrompu. 4. Des images immortelles. Romy éblouissante. La dernière partie, encore plus que les trois premières, est un merveilleux album de photos de Romy, belle comme une déesse et donc immortelle. Pour conclure, Serge Bromberg, en plus d'avoir ressuscité le film, L'enfer de Clouzot, a prolongé son travail par ce livre. Enquête minutieuse sur un film attendu comme un chef d'oeuvre et devenu une malédiction du cinéma mondial, il est aussi une remarquable étude filmique et un Beau livre. A lire et à regarder, en attendant, impatiemment, le DVD du film !
Albert Montagne

Le Vietnam, un cinéma de l'apocalypse,


Laurent Tessier,
Coll. 7e Art, Cerf-Corlet, septembre 2009, 316 p., 32 euros.

La guerre du Vietnam (1964-1975) est l'un des traumatismes majeurs des E.U.. Elle est leur guerre la plus longue et impopulaire et leur première grande défaite. Le sujet a donc longtemps été évité par le cinéma pour devenir dans les années 80 un thème à succès. La force de cet ouvrage est que l'auteur a non seulement analysé un important corpus de films vietnamistes (quelque 300 titres en filmographie finale) mais a surtout rencontré de nombreux vets (vétérans) de la guerre du Vietnam et dépouillé systématiquement les rubriques cinéma de leur journal, Vietnam Veteran of America (VVA), dont le critère d'appréciation est l'exactitude avec la réalité. Le titre de ce livre pourrait donc être La guerre du Vietnam dans le cinéma américain vu par ses vétérans. Le chapitre 1, En direct du passé, étudie l'histoire des films de guerre américains, d'A bas l'Espagne (1898), film de propagande pour la Libération de Cuba, à la première et seconde guerres mondiales, en passant par la guerre froide. Dans les années 70, des films sur la Seconde guerre mondiale cachent la Guerre du Vietnam. Ainsi, Patton (Schaffner, 1970) présente un général qui s'adresse aux soldats partant pour l'Europe, en fait à tout spectateur américain, et qui vante les valeurs qui mèneront les troupes à la victoire. Cette profession de foi est ironique car tout Américain connait pertinemment l'issue du conflit en train de se dérouler. MASH (Altman, 1970), film sur la guerre de Corée, est en fait une critique du Vietnam. China Gate (Fuller, 1957) et The Ugly American (Englund, 1963, avec Marlon Brando), prônent l'anti-communiste, la théorie des dominos, la barbarie des Viêt-minhs. Mais le grand film de propagande, initié par John Wayne, est Les bérets verts (Wayne et Kellogg, 1968). Le film est une telle apologie de l’intervention américaine au Vietnam qu'il crée une polémique mondiale. Le chapitre 2, Psychovets, les vétérans dans les séries B, dénonce une jeunesse sacrifiée et traumatisée. Alice's Restaurant (Penn, 1969), comme Hair, la comédie musicale de Brodway (1967), traduit la contre-culture opposée à la guerre. Summertree (Newley, 1971) évoque les déserteurs. Dans Cowards (Nuchtern, 1970), un jeune Américain part au canada pour éviter l'armée. Easy Rider (Hopper, 1969) et Greetings (de Palma, 1968) s'opposent à la guerre. Jane Fonda, rentrée de France, crée avec Donald Sutherland, héros de MASH, le groupe PTA (Free The Army) pour dissuader les soldats d'aller au Vietnam. The Visitors (Kazan, 1972) est l'histoire d'un vet pacifique rentré du Vietnam et retrouvé par deux vets condamnés par son témoignage pour le viol d'une vietnamienne. Glory Body (Sherin, 1971), Jud (Collins, 1971), Returning Home (Petrie, 1975), The Desperate Miles (Haller, 1975), montrent les difficultés de réintégration des vets dans la vie civile. Deathdream (The Veteran ou Le Mort-vivant, Clark, 1974) décrit les meurtres d'un vet rentré chez lui. Dans The Ravage, film d'horreur (Nizet, 1970), un sérial-killer, enfanté par le Vietnam, se révèle aux EU. Dans Limbo (Robson, 1972), on trouve le thème des POW (Prisonner of War) et des MIA (Missing in Action). Les vets sont aussi mal reçus : Welcome Home, Soldiers Boys (Compton, 1972), Slaughter (Starret, 1972). Dans Dirty Harry (Siegel, 1971), l'assassin est un psycho vet. Dans Taxi Driver (Scorsese, 1976), la vieille veste militaire du héros et son gout des armes traduisent son passé de Marine. Le chapitre 3, La guerre à la maison, étudie les films qui, fin 1978, engagent le processus de guérison. The Boys in Company C (Furie, 1977) s'ouvre sur de jeunes engagés partant joyeux pour le Vietnam. Ils sont noirs, blancs, hispaniques, et représentent tous les EU. Selon un schéma classique, on suit leur entrainement jusqu'au Vietnam, on montre des officiers incompétents et carriéristes, l'absurdité et le chaos de la guerre, l'usage de drogues, les assassinats d'innocents et les villages bombardés. Go Tell The Spartans (Post, 1978, ou Le merdier) montre des Sud-Vietnamiens incapables de résister et des soldats américains à bout de nerfs, constamment stressés par des embuscades. Coming Home (Le retour, Ashby, 1978) et Who'll Stop The Rain (Reisz, 1978) abordent les problèmes psychologiques des vets de retour au pays. Apocalypse Now (Coppola, 1979), film le plus marquant sur la guerre du Vietnam, avec Marlon Brando, Martin Sheen, Dennis Hopper, palme d’or (ex-aequo) au festival de Cannes (avec Le Tambour de Schlöndorff), présente un regard décalé sur la guerre et donne le point de vue d'un espion, en marge du conflit. Coppola mêle les genres en débutant son film comme un film de détective. Le Vietnam devient une auto-projection hallucinatoire de la culture américaine elle-même. Pour l'auteur, son film est à l'image du Vietnam, avec un budget fou et trop d'équipement, il sombra dans la folie. Le film est anti-militariste mais certains personnages restent gravés dans les mémoires avec leurs phrases choc : "J'aime l'odeur du napalm au petit matin... c'est l'odeur de la victoire". Les hélicoptères wagnériens incarnent une Amérique messianique dont les Anges noirs viennent semer terreur et mort. The Deer Hunter (Voyage au bout de l'enfer, Cimmino, 1978), est l'autre chef d'oeuvre sur le Vietnam. Le début montre une Amérique paradisiaque avec des ouvriers patriotes et amis, unis par leur communauté russe orthodoxe et la chasse au daim, qui vont dans l'enfer du Vietnam d'où l'on ne revient jamais entier. Le chapitre 4, gagner pour guérir, débute par First Blood (Rambo, Kotcheff, 1982) suite logique de The Deer Hunter. C'est le retour au pays d'un Vet solitaire, Sylvester Stallone, dont l'arrivée est mal vue par le shérif local qui ne veut pas d'un vet déboussolé dans sa ville. Arrêté et humilié, Rambo s'échappe et ramène la guerre à la maison. Dans Cutter's Way (Passer, 1981) le héros est un crazy vet non remis du conflit. Distant Thunder (Rosenthal, 1988) donne une image caricaturale de vets asociaux. Rambo II (Cosmatos, 1985) est une mission de sauvetage de POW qui se transforme en piège. Missing in action (Portés disparus, Zito, 1984) pose le problème politique des MIA. Problème, Chuck Norris, qui est plus caricatural que Sylvester Stallone - ce qui est un exploit ! - est aussi raciste et révisionniste. Le chapitre 5, Soigner la Nation, magnifie Platoon (Stone, 1985), film en hommage aux vets. L'auteur, qui a vécu le conflit, veut enfin dire la vérité sur l'expérience des soldats américains au Vietnam. Plus réalistes qu'Apocalypse Now, où les héros sont trop âgés par rapport à la moyenne d'âge des soldats qui partaient au Vietnam, les héros de Platoon ont 19 ans. Le héros est Charlie Sheen, le fils de Martin Sheen d'Apocalypse Now. Il est aussi le narrateur en voix off, comme son père dans le film de Coppola. Le film reçoit l'ours d'or à Berlin en 1987 et 4 oscars, preuves de l'excellent accueil critique et populaire. Le chapitre 6, Vetsploitations, étudie la vague de films engendrée par le succès de Platoon : Hamburger Hill (Irvin, 1987) qui bénéficie d'hélicoptères HC-46 et d'avions F4 fighters de L'US Army, In Country (Jewinson, 1989) avec Bruce Willis. Dans Good Morning Vietnam (Levinson, 1987), un animateur radio (Robin Williams) découvre au Vietnam les atrocités de la guerre. Full Metal Jacket de Kubrick (1987) se veut le film ultime sur le sujet. Le film, très attendu, est différent de Platoon. La première partie ne se déroule pas au Vietnam mais dans un camp d'entrainement. Mais la partie qui se déroule au Vietnam est aussi réaliste et puissante que Platoon, qui resterait supérieur. Dans Garden of Stone, Coppola revient sur le Vietnam. Contrairement à Apocalypse Now, le film évite tout spectacle. Casualties of War (de Palma, 1989), basé sur un véritable incident, a un personnage immoral (Sean Penn) plus intéressant que le gentil héros (Michael Fox). Born on The 4th July (Stone, 1989). Le Vietnam inspire d'autres films : The Return of Jedi (Marquand, 1983), serait une métaphore du Vietnam, les Ewoks étant le Sud et l'Empire le Nord. Rambo III (MacDonald, 1988), quoique se passant en Afghanistan, est toujours le Vietnam. True Romance (Scott, 1993) est une parodie du genre. Pour finir, Nous étions soldats (Estevez, 2001) est le dernier grand film vietnamiste à hauteur, pour les Américains, avec Platoon et Full metal
Jacket. En conclusion, cet ouvrage montre l'importance du cinéma américain qui, par ses représentations de la guerre du Vietnam, a su modifier la réception du public : d'abord traumatisé par la défaite et par ses Vets déboussolés et indésirables, il voit désormais ses soldats en héros. Le film de guerre est devenu un outil de propagande étatique pour contrer les visions pessimistes et défaitistes de la guerre. Ainsi, la vision de la guerre du Vietnam s'est imposée positivement dans les esprits américains par les images de son cinéma. Un livre exemplaire !
Albert Montagne

Le fonds Max & Jacques Douy


François Amy de la Bretèque (s/d),
Archives n° 102,
Cinémathèque euro-régionale Institut Jean Vigo,
Décembre 2009, 16 p., 5 euros.

Archives,
après un numéro consacré au couple père et fils Georges et Roger Tréville, s'intéresse à un nouveau couple frère et frère Max et Jacques Douy. Dans les deux cas, François Amy de la Bretèque, dirigeant l'ouvrage, valorise un fonds de la Cinémathèque euro-régionale de Perpignan - on pourrait rêver à d'autres numéros, vu les fonds (cinématographiques) dont dispose l'Institut ! - et s'appuie derechef sur Prisca Grignon, doctorante de Montpellier, et Jacques Choukroun, de l'Institut. Les décorateurs Max et Jacques Douy sont connus des festivaliers de Confrontation Perpignan, notamment de la 30e édition consacrée à l'Histoire de France. Forts de leur expérience sudiste et d'un public ravi, ils déposèrent une partie de leurs archives personnelles à l'Institut en 2006. D'entrée, Prisca Grignon identifie le fonds constitué de 21 documents en 7 boîtes allant de 1949 à 2008. Max Douy (20 juin 1914/5 juillet 2007) a travaillé comme décorateur avec les plus grands : Jean Renoir (La bête humaine, La règle du jeu), Luis Bunuel (Cela s'appelle l'aurore), Robert Bresson (Les dames du bois de Boulogne), Jean Vigo (L'Atalante), Maurice Tourneur, Julien Duvivier, Marcel L'Herbier, Max Ophuls, Henri Georges Clouzot... Sa filmographie est impressionnante ! Jacques Douy (13 janvier 1924/....) a débuté comme chef décorateur en 1957 avec Le triporteur et, tout en ouvrant un agence d'architecture intérieure de 1970 à 1980, a toujours travaillé pour le cinéma et la télévision jusqu'en 1991. Le fonds contient des archives scénaristes et de tournages, en tout 16 scénarios de films, un enregistrement audio de Max et Jacques Douy. Suit un tableau de 21 côtes filmiques, avec titre de l'article et dates extrêmes allant de 1966 à 2008. Les documents concernent Boulevard du Rhum de Robert Enrico (1970), Castle Keep de Sydney Pollack (1968), Cela s'appelle l'aurore de Luis Bunuel (1955), Le Christ crucifié/Celui qui doit mourir de Jules Dassin (1957), Le couteau dans la plaie d'Anatole Litvak (1961), L'enfer d'Henri-Georges Clouzot (1947), Fantômas contre Scotland Yard d'André Hunnebelle (1967), Un homme à part entière de Christian-Jaque (1966), Le joueur de Claude Autant-Lara (1958), Maître après Dieu de Louis Daquin (1951), Phèdre de Jules Dassin (1961), Quai des orfèvres de H.-G. Clouzot, The Sandpiper de Vicente Minneli (1964), Topkapi de Jules Dassin (1963), Tous les chemins mènent à Rome de Jean Boyer (1949), Le triporteur de Jack Pinoteau (1957), Vive Henri IV, Vive l'amour de C. Autant-Lara (1961). S'ensuit un (long) Entretien avec Max et Jacques Douy réalisé par Jacques Choukroun et François de la Bretèque à Perpignan en avril 1995. Comme pour Le fonds Georges et Roger Tréville, Le fonds Max et Jacques Douy met l'accent sur les sources non films, l'une des spécificités et richesses de l'Institut Jean Vigo. Le décor de (au) cinéma est un nouveau champ d'étude du cinéma, le décorateur l'emportant sur le réalisateur. Ce numéro d'Archives est tout simplement passionnant.
Albert Montagne

Le fonds Georges & Roger Tréville


François Amy de la Bretèque (s/d)
Archives n° 101,
Cinémathèque euro-régionale Institut Jean Vigo,
novembre 2009, 22 p., 5 euros.

Ce numéro collectif d'Archives, dirigé par François Amy de la Bretèque accompagné d'une équipe de doctorants de Montpellier, met à l'honneur les trésors de la Cinémathèque euro-régionale Institut Jean Vigo de Perpignan riche de nombreux fonds, notamment des fonds Bathélémy Amengual, Marius Sauveur Longobardo, Louis Marcorelle, Max et Jacques Douy... (ce dernier étant le prochain sujet d'Archives). Georges et Roger Tréville - à ne pas confondre avec Edmond T. Gréville, plus connu ! - sont père et fils, comme Maurice et Jacques Tourneur, et recoupent à eux deux 3 siècles, de 1875 à 2007. Ils sont ignorés de la plupart des dictionnaires du cinéma. Ainsi, Le dictionnaire du cinéma de Jean-Loup Passek (Larousse, 1993) ne les cite pas mais Le dictionnaire du cinéma de Jean Tulard, Tome 2, Les acteurs (Bouquins, Laffont, 1996) consacre un article à Georges Tréville, acteur et réalisateur français. Leur activité touche non seulement les métiers d'acteur et de réalisateur mais aussi les domaines de la chanson, de l'opérette et du théâtre. Prisca Grignon présente le fonds et son classement. C'est par l'intermédiaire de Jacques Richard, ami de Roger Tréville, que le fonds fut déposé à l'Institut Jean Vigo en 2004. Jacques Tréville, de son vrai nom Troly, est né à Paris le 28 juillet 1875 (il déposa son fonds à 101 ans !) et décédé le 27 septembre 2007 à Beaulieu en Dordogne. Le fonds comprend de nombreux documents sur la double carrière théâtrale et cinématographique de Georges et Roger Tréville. Il contient des photos de pièces de théâtre, des photos de famille, de films, des portraits, des documents de nature variée : synopsis, manuscrits de pièces de théâtre et d'opérette, coupures de presse, revues, lettres... Suit quelque 70 côtes, avec titres de l'article et dates extrêmes, de documents Tréville-B4 allant de 1909 à 1992). Prisca Grillon, derechef, commente Le marché mondial et le film français par Georges Tréville, un article (publié in extenso) de La cinématographie française n° 15 de févier 1919. Suit une Conférence de Roger Tréville sur sa carrière prononcée à Bordeaux le 8 juin 1976. Damien Messager se penche sur Les dessous d'Arsène Lupin, notamment sur deux photos de Georges Tréville en Arsène Lupin et en Raffles mettant en scène la double face du gentleman cambrioleur. Barthélémy Py s'intéresse aux Adaptations cinématographiques de Sherlock Holmes au cinéma avant la première guerre mondiale et au souci d'authenticité chez Georges Tréville. Enfin, Prisca Grignon et Francine Saleix (de l'Institut) dressent une double et exhaustive filmographie d'acteur et de réalisateur allant de 1908 à 1980. Pour faire court, Georges Tréville a tourné une dizaine de films comme réalisateur de 1912 à 1930 et a joué dans quelque 150 films comme acteur de 1908 à 1939. Roger Tréville, acteur, a à son actif 60 films de 1909 à 1980. En conclusion, cet Archives est une perle rare dénichée par François Amy de la Bretèque et va dans le sens de ce que doit offrir une cinémathèque active et ouverte aux étudiants chercheurs.
Albert Montagne

Censure municipale à Orléans ?


Comme le rapporte LibéOrléans, Sarah Coutausse, directrice de production d'un court-métrage au budget de 40.000 euros financé par la Région Centre, aurait accusé lundi la mairie d'Orléans de censure, faute d'avoir reçu les autorisations de tournage. Le sujet est un drame social sur l'expulsion d'un père et de son fils par des policiers en armes, brassards et voitures de fonction, ce qui aurait pu donner une mauvaise image de la ville et stigmatiser tout un quartier. L'équipe de comédiens et de techniciens, venue spécialement à Orléans depuis vendredi, reste dans l'expectative d'une d'autorisation qui se fait de plus en plus désirer. Or, par manque de temps et d'argent, le projet risque de capoter. Pour la mairie, la demande de tournage a été faite trop tardivement et la période de fêtes ne facilite pas les démarches administratives. Qui croire ?
Albert Montagne

Finalement, comme le précise LibéOrléans, Sarah Coutausse a abandonné l’idée de tourner à Orléans. Son projet devrait se faire à Blois, Tours ou Paris.

L'enfer de Clouzot trop chaud et censurable !


Je sors tout juste du Rive gauche de Perpignan, d'une salle d'art et d'essai où passait L'enfer de Clouzot, film maudit et miraculeusement ressuscité par Serge Bromberg, le magicien de Lobster films, qui, de concert avec Ruxandra Medrea, s'est plongé dans la redécouverte de 185 bobines que l'on croyait définitivement perdues. L'enfer (Inferno) est un film inclassable. Ce n'est pas seulement des extraits filmiques, trop rares et trop courts, mais surtout des essais de couleurs, de formes, de sons et de voix avant-gardistes et futuristes, mais encore de nombreux entretiens de techniciens et acteurs - Catherine Allegret (actrice), Gilbert Amy (compositeur), Jacques Douy (assistant décorateur), Jean-Louis Ducarme (ingénieur du son), Costa-Gavras (assistant réalisateur), William Lubtchansky (assistant opérateur), Lan Nguyen Thi (scripte), Bernard Stora (stagiaire réalisation)... - ayant participé au film et revivant leur cauchemar, mais, au surplus, le duo Jacques Gamblin et Bérénice Béjo qui interprète magistralement quelques extraits du scénario. L'enfer est un film fou, film sur la folie d'un mari - cf. El de Luis Bunuel - persuadé que sa femme le trompe avec tout le monde - d'où de perpétuelles tortures mentales et physiques - avec le bellâtre moustachu, avec le vieil homme, avec l'amie délurée, tous souriants et de connivence et se moquant de lui. ! Qu'il imagine que sa femme le trompe et le monde aussitôt change d'apparence et passe du noir et blanc de la réalité aux couleurs - comme dans Le magicien d'Oz de Fleming pour le monde de la magie et de la sorcellerie - du cauchemar sans fin de la jalousie. Clouzot, cherchant à montrer la folie par les yeux et l'esprit d'un fou s'est lancé dans des recherches, apparemment sans queue ni tête, de déformations de (et dans) tous les sens. L'enfer, pour Sartre, c'est les autres, pour le mari fou, ce sont tous et toutes ceux et celles qui gravitent autour de sa femme. Odette/Romy Schneider est époustouflante de beauté et de joie de vivre : plaisirs de glisse et de skis nautiques, plaisir de se promener en ville et d'apprécier une glace, plaisir d'être en maillot et de séduire, plaisir de se griller une cigarette et d'ingérer la fumée. La recherche de couleurs transforme les personnages en créatures démoniaques et tentatrices, lèvres et paupières bleuies, rougies ou verdies, deviennent toujours plus provocantes. Les décors, maisons et lacs, recoloriés, transportent le spectateur, comme le mari, dans une autre dimension, celle de l'enfer de la jalousie. Là, les femmes sont toutes démones et exhibent leurs appâts : sein entr'aperçu de Romy sous sa chemise et téton de Dany sous son maillot entrouvert. Eros et Thanatos vont de pair(e) : c'est Romy, nue, enchaînée, terrorisée et gigotant sur des rails - comme Betty Hutton dans Les périls de Pauline de Marshall - qui voit arriver à fond de train une locomotive - la locomotive, comme dans La mort aux trousses d'Hitchcock ou La cité des femmes de Fellini, symbolisant l'acte sexuel - et, qui innocente ou coupable d'adultère, est punie par son mari (Mais comment diable Clouzot a t-il convaincu, en 1964, Romy de montrer ses seins ? C'est la même raison qui poussa Michel Lonsdale à montrer ses fesses dans Le fantôme de la liberté de Bunuel : on ne refuse rien au Maître !). C'est la scène lesbienne de Romy et Dany s'embrassant et se caressant qui a provoqué la crise cardiaque de Clouzot - scène trop hot pour un esprit et un corps malades ? - et l'arrêt du film. Au vu des essais et des rushes, L'enfer, avec une Dany provocante et, surtout, avec une Romy belle et sexy en diable - bien loin de la trop sage Sissi - était trop chaud, novateur et dérangeant, et aurait mérité en 1964 les foudres de la censure pour son érotisme et l'incompréhension pour son non-conformisme ! D'entrée, L'enfer était condamné, comme le suggère l'entretien du début du film avec Clouzot. Marcel, le mari - Serge Reggiani (devenu chèvre par le film ?) qui quittera le tournage en prétextant une fièvre de Malte - s'enferme dans sa folie de cocu imaginaire vrai - le vrai et le faux s'emmêlent, sa femme le trompe réellement et le noir et le blanc et les couleurs ne veulent plus rien dire - et souffre. Mais le malade est bel et bien Clouzot, qui avoue ne pas avoir de pathologie mais sortir d'une dépression, enfin, une demi dépression. Puis, il prend sa pipe et ne pipe plus mot. D'ailleurs, dans le domaine censorial, la pipe de Clouzot et de la cigarette de Romy sont désormais des motifs d'interdiction d'affichage dans le cadre de la loi Evin comme je l'avais signalé dans L'enfer de Clouzot et de Romy censurable ? En conclusion, L'enfer est un documentaire remarquable sur la folie : celle d'un mari de plus en plus fou de jalousie et celle d'un réalisateur qui vit trop grand, avec trois grandes équipes de tournage complètes - un véritable Who's Who de la profession ! - et un budget étatsunien illimité, et qui ne vit pas sa maladie. Un documentaire et une Romy superbes à voir !
Albert Montagne

Pour aller plus loin, il faut lire Serge Bromberg (texte de), Romy dans L'Enfer. Les images inconnues du film inachevé d'Henri-Georges Clouzot, Albin Michel-Lobster, décembre 2009, 162 p., 25 euros (note de lecture à venir).

L'Antiquité au cinéma


Vérités, légendes et manipulations,

Hervé Dumont,
Jean Tulard (préface),
Nouveau Monde Ed. (Paris) & Cinémathèque suisse (Lausanne),
Oct. 2009, 648 p., 49 euros.

Hervé Dumont, historien du cinéma - Prix de la critique historique du cinéma (de l'Institut Jean Vigo de Perpignan en 1988) pour son Histoire du cinéma suisse, films de fiction 1896-1965 (Ed. Cinémathèque Suisse, Lausanne 1987) - et ancien directeur de la Cinémathèque suisse, lance un pavé (de plus de 2,5 kilos) dans l'Histoire avec son Antiquité au cinéma. Son ouvrage événementiel, parcourant plus d’un siècle de films, de la Préhistoire à la chute de l'empire romain, est, vu le sujet, réellement pharaonique et monumental. La recension exhaustive de 2200 films - incluant aussi des téléfilms, séries TV, opéras, documentaires, pièces de théâtre - donne la démesure du travail impressionnant et pluri-décennal accompli. L'Antiquité est découpée en sept parties qui suivent l'ordre des époques historiques étudiées : La Préhistoire (13 pages), Les Hébreux (69 pages), L'Egypte des Pharaons (23 pages), Les Mésopotamie et Asie mineure (13 pages), La Grèce : la Grèce mythologique, le cycle de Troie, la Grèce historique (125 pages), Rome : Monarchie et République, Empire, Antiquité tardive (365 pages), et, n'oubliant pas les films grand et petit publics, Royaumes mythiques imaginaires (16 pages). L’Antiquité au cinéma est à la fois, un livre d'histoire (on lira en premier sa période préférée), un livre de cinéma thématique (Maciste, pp. 617-622, a droit à un dossier complet, de Cabiria de Pastrone en 1913 à Maciste contre la reine des Amazones de Jess Franco en 1973), un dictionnaire spécialisé (qui n'est pas une simple nomenclature long-métrique, mais une analyse des films dans leur contexte politique et économique) qui évitera bien des recherches (que l'on cherche les films sur Caligula, on trouve quelque 30 versions européennes et étatsuniennes, muettes et parlantes, historiques et érotiques), un Beau livre (riche de 810 photos pour 648 pages). Surtout, ce livre est le tome 1 d'une Encyclopédie du film historique. Sont déjà en préparation trois autres ouvrages consacrés au Moyen-Age et la Renaissance, L'Absolutisme et Le XIXe siècle. On demeure à la fois sidéré et alléché. En conclusion, L'Antiquité au cinéma est déjà un ouvrage référentiel. Noël approchant, c'est une idée de cadeau, tant pour les cinéphiles que pour les historiens, à offrir ou à s'offrir.
Albert Montagne

Le péplum


Laurent Aknin,
Coll. Album Armand Colin Cinéma,
Armand Colin et Les Fiches de Monsieur Cinéma,
Oct. 2009, 128 p., 18, 5 euros.

Laurent Aknin est historien du cinéma. Sa thèse, dirigée par Roger Odin en 1990, est Le Cinéma-Bis italien (1957-1987) et il est l'auteur de Cinéma bis : 50 ans de cinéma de quartier et Les classiques du Cinéma Bis (Nouveau Monde, 2007 et 2009). L'histoire péplum se divise en 5 périodes. 1) La genèse. Le péplum nait en France en 1897 avec Néron essayant des poisons sur des esclaves, film Lumière devançant de peu la Passion, film Edison. L'Italie débute tardivement avec Les derniers jours de Pompéi (1908), mais Cabiria (Pastrone, 1914) est le chef d'oeuvre du muet. Y apparait Maciste, un Hercule noir, qui enfantera une pléiade de films muets et parlants. Griffith répond avec Intolérance (1916), film en 4 âges, dont l'épisode babylonien. Dans les années 20, Lubitsch réalise La femme du pharaon, Korda Samson et Dalida, Kertesz Sodome et Gomorrhe. L'Europe tue ses Chrétiens dans Messaline (Guazzoni), Quo vadis ? (D'Annunzio), Les 10 commandements (DeMille), Ben Hur (Niblo). Le parlant ravive le genre avec Le signe de la croix (DeMille), Les derniers jours de Pompéi (Cooper et Schoedsack), Golgotha (Duvivier). 2) L'âge d'or hollywoodien. Dans les années 50, le péplum revient avec force dans Samson et Dalida (DeMille), Quo vadis ? (Le Roy), David et Bethsabée (King), Jules César (Mankiewicz). Le Scope donne un coup de fouet avec La tunique (Koster), Les gladiateurs (Daves) et La terre des pharaons (Hawks). Le succès des Dix commandements (DeMille), chromo religieux, inspire des kitcheries : Salomé (Dieterle), Le fils prodigue (Thorpe), Atlas (Corman). Ben Hur (Wyler) relance la course, titillé par Spartacus (Kubrick). 3) L'âge d'or italien. Fin des années 40, un axe franco-italien crée Les derniers jours de Pompéi (Lherbier, avec Micheline Presle), Fabiola (Blasetti, avec Michèle Morgan), Messaline (Gallone, avec Maria Félix), Les week-ends de Néron (Sténo, avec Brigitte Bardot). Le cinéma italien "s'américanise" avec Ulysse (Camerini, avec Kirk Douglas). Dans les années 60, Les travaux d'Hercule avec Steve Reeves, Mr Univers, inspire l'opéra-muscle et les culturistes Mark Forest, Richard Harrisson, Gordon Mitchell, Reg Park, Brad Harris, Ed Fury, Gordon Scott. Le péplum mythologique brille avec Jason et les Argonautes (Don Chaffey, et le fameux combat des squelettes de Ray Harryhausen) et Les titans (Tessari). Des auteurs affirment le genre : Bava et Hercule et les vampires, Freda et Maciste aux enfers, Cottafavi et Les légions de Cléopâtre, Léone et Le colosse de Rhodes, Corbucci et Romulus et Rémus et Le fils de Spartacus. 4) L'agonie. Dans les années 60, le péplum se meurt aux EU. Barabbas (Fleisher, avec Anthony Quinn) est le dernier grand péplum. Cléopâtre (Mankiewitcz), avec Elisabeth Taylor et 40 millions de dollars au lieu de 2, met la Fox sur les genoux et La Chute de l'empire romain (Mann) achève le genre. Le péplum se transforme en art et essai avec L'Evangile selon Matthieu (Pasolini) et Othon (Straub et Huillet) ; érotisme avec Les nuits chaudes de Poppée (Malatesta) et Caligula (Brass, avec Malcom McDowell), film choc caviardé par le producteur et renié par son auteur ; Bible, avec Jésus Christ Superstar (Jewinson), Jésus de Nazareth (Zeffirelli), La Vie de Bryan (Monty Python), La dernière tentation du Christ (Scorsese). 5) La résurrection. Dans les années 2000, le péplum se relève avec Gladiator (Scott), Troie (Petersen), Alexandre (Stone) et 300 (Snyder). Le genre n'est pas prêt de mourir : comme les mythes, il a la peau dure ! En conclusion, Le péplum ouvre la Collection Albums Armand Colin Cinéma, dirigée par Michel Marie et caractérisée par un format original (ouvrant sur le côté court), un texte universitaire et plaisant, une iconographie abondante et luxueuse, souvent pleine page, et un juste prix. L'iconographie s'explique par la collaboration des Fiches de Monsieur Cinéma donnant un plus indiscutable. Bref, Le péplum est un livre instructif et érudit qui donne envie de lire les ouvrages de la même collection, dont Les monstres et L'amour fou.
Albert Montagne.

Le péplum, un mauvais genre


Claude Aziza,
Coll. 50 questions, Klincksieck,
Nov. 2009, 188 p., 16 euros.

Claude Aziza, maître de conférences de langue et littérature latine à l'Université Paris 3-Sorbonne nouvelle, est bien connu des cinéphiles tant pour son goût antique pour le péplum et la Bible au cinéma (cf C. Aziza (s/d), Le péplum, l'Antiquité au cinéma, CinémAction n° 89, 1998, 184 p. ; C. Aziza, Péplum nostrum in Michel Cadé (s/d), Méditerranée, Les Cahiers de la Cinémathèque n° 61, 1994, pp. 53-56) que pour ses (bons) jeux de mots (cf C. Aziza, Héros antiques / héros en toc : Héros en tige / héros en toge in Méditerranée, op. cit., pp. 39-42, et C. Aziza, Du Roi des Rois au règne de l'arène : des clous aux crocs in Françoise Puaux (s/d), La Justice à l'écran, CinémAction n° 105, 2002, pp. 14-18). On peut donc dire que ses textes et livres, alliant érudition et humour, sont toujours un véritable plaisir. La Coll. 50 questions dirigée par Belinda Cannone se propose d'aborder en 50 questions - on pouvait s'en douter - un sujet donné. Claude Aziza pose donc des questions sur Le péplum, un mauvais genre, que l'on pouvait ne pas se poser mais qui, une fois posées, deviennent définitivement nôtres et attisent irrésistiblement notre curiosité. Citons parmi les plus (sur)prenantes : " - Peut-on imaginer un péplum réalisé par Charlie Chaplin ? - Le péplum ne serait-il pas misogyne, par hasard ? - Quelle différence entre les exploits d'Hercule, ceux de Samson et ceux de Maciste ? - Le péplum a-t-il valeur pédagogique ? - Quelle est la femme antique la plus célèbre dans le péplum ? - Et pour la comédie musicale ? La chanson ? - Trouve-t-on des vampires dans les péplums ? Des extraterrestres ? Des monstres ? Des extraterrestres ? Des zoophiles ? - A-t-on une idée de nombre de péplums tournés depuis 1896 ? - Et aujourd'hui, le genre est-il à l'honneur ? ". Les réponses, qui comblent toutes notre curiosité, montrent une érudition sans faille et nous font revivre le fil(m) du péplum. Par exemple, l'auteur nous apprend qui a inventé le mot péplum : c'est Bertrand Tavernier ou Yves Martin (la solution se trouve pp. 16-17). Enfin, une bibliographie générale, un index filmique et un index des principaux réalisateurs concluent classiquement le tout. En conclusion, Un livre à siroter lentement, par petites gorgées, pour tout apprécier et ne rien perdre. Je n'aurai cependant que deux petites critiques, pour le plaisir (supplémentaire) de critiquer ! Pourquoi le péplum est-il un mauvais genre ? La question n'est pas (directement) posée alors qu'elle méritait cet honneur ! Genre à part, car souvent mésestimé, ou sous-genre (nanar), le péplum a toujours séduit et a réussi à survivre à toutes les crises. Il n'est pas un mauvais genre, il est un genre plaisant, n'en déplaise à certains intellectuels ! Surtout, pourquoi l'auteur - qui ne manque pourtant pas de goût - a-t-il choisi comme couverture du livre l'affiche du Gladiateur magnifique qui, contrairement à l'intitulé filmique, est si moche et repoussante ? Quelle que soit sa côte, il parait impossible que de plus belles affiches ne puissent exister !
Albert Montagne

La domination masculine de Patric Jean menacée


Il semble que le sujet de La domination masculine, le tout dernier film du Belge Patric Jean, ne soit du goût de tout le monde. L'auteur signale en novembre dans son blog l'annulation d'un déplacement à Montréal pour causes de menaces (à sa vie), des "masculinistes" québécois ayant trouvé en son film et en sa personne des "cibles" de choix. Pouvait-on penser, du moins en France et au XXI siècle, que certains (hommes) ne veulent toujours pas que l'on défende les femmes ou que l'on prône l'égalité des sexes ? On se croirait revenu au temps surréaliste des films de Luis Bunuel et des cinémas menacés de bombes par des groupes "bien pensants". Vendredi 4 décembre, Le Monde et Libération rapportent un fait nouveau, le journaliste - et surtout chroniqueur nocturne de On n'est pas couchés - Eric Zemmour exigeant, par voie d'huissier, la cessation de l'exploitation immédiate de La domination masculine, ses propos ayant été déformés. Patric Jean refuse tout de go, sauf décision de justice, et précise dans son blog, in Eric Zemmour exige l'arrêt de la diffusion de La domination masculine dans les salles, que "(Zemmour) apparaît furtivement dans mon film, dans une archive de la télévision suisse où il décrit sa vision de la sexualité des hommes pour le moins surprenante. C’est lui aussi qui m’a traité de « Voyou, escroc, terroriste médiatique » chez Tadéi sur France 3 (en mon absence évidemment)". Le cinéaste donne sa version et livre longuement ses idées, tout en se réservant certains arguments pour un éventuel procès. Affaire donc à suivre. En attendant, on peut toujours voir la B.A. du film ! On y apercevra, justement, Eric Zemmour, et, plus drôlement, Pierre Tchernia, jeune et sérieux comme un Pape (Monsieur Cinéma fut aussi l'un des compères de La Caméra invisible), qui affirme, lors du 34° Salon des Arts ménagers de Paris, que "L'outil le plus parfait, c'est la femme" et "Achetez une femme". Nonobstant, le monologue, bien plus macho ou/et provocateur, est à écouter intégralement sur le site de l'INA. Moralité (ou pas) ? Tout est affaire de montage et démontage : monter c'est aussi "démonter" ! Faut-il rappeler que le cinéma de fiction et le documentaire sont tous deux frères et que tout n'est qu'illusion ?
Albert Montagne

Cinéma et magie


Du Septième art comme art d'illusion, de manipulation, de désir coupable et d'action détournée sur le monde...

Maxime Scheinfeigel,
Coll. Armand Colin Cinéma, Arman Colin,
2008, 182 p., 18,5 euros.

Maxime Scheinfeigel, professeure à l'Université de Montpellier, nous offre un voyage dans le monde du cinéma et et de la magie, monde en trompe l'oeil et l'esprit, qui cache un autre monde - comme le long sous-intitulé - baigné d'illusions, de manipulations, de désirs et d'actions. Cinéma et magie sont consubstantiels : ils ne sont et ne font qu'un et leur définition est identique, l'un étant l'autre : c'est l'Art de produire des effets merveilleux par le pouvoir de forces qui dépassent le simple entendement humain. A l'origine, spectacle de foire étrange et attraction étonnante de café-théâtre (c'est l'ancêtre des écrans vidéos géants des bars), le cinématographe est catalogué juridiquement comme un "spectacle de curiosité(s)" ! Le chaland qui passe veut en (a-)voir pour son argent. Le cinéma est magique : c'est une ambiance religieuse et animiste faite de respect, de joie et de peur, un contraste d'ombres et de lumières. On pense, certes, à la lanterne magique mais, surtout, à l'allégorie de la caverne de Platon où des hommes enchaînés sous terre tournent le dos à l'entrée et ne voient que leurs ombres et celles projetées d'objets au loin derrière eux. C'est une vision et définition (avant la lettre... et l'image) du cinéma et des spectateurs qui voient sans être vus ce que le mage ou cinéaste veut qu'ils voient. Mais les ombres sont aussi la métaphore des morts et les spectateurs sont les vivants opposés aux morts-vivants animés, le monde double est aussi l'au-delà que l'on ne voit ni ne peut franchir. La première partie, La magie à l'origine du cinéma, conte la rencontre des cinéma et magie. Méliès, l'intercesseur, le médium (le passeur entre le réel et le divin), le magicien de Montreuil, multiplie les trucs et envoûte le spectateur dans un monde de fééries peuplé de fantômes, diables, sorcières, fées et squelettes. De plus, la magie est vision (dans Citizen Kane, l'oeil de la caméra survole le panneau "No trespassing" pour aller regarder Kane sur son lit de mort), voyance (dans Vampyr, le héros endormi se dédouble pour assister à son propre enterrement), et invisible (dans Blow-up, la pellicule photographique a gravé l'empreinte d'un crime passé inaperçu). Au surplus, la magie du cinéma transparait dans trois domaines. Le premier est celui des Créatures ou êtres tirés du néant que sont les Vampires (Nosferatu, Lost Highway) et les Acousmêtres (Le roman d'un tricheur, Sunset Boulevard...). Le second est celui des techniques qui alimentent la magie : les trucages (Les trois lumières, La Belle et la Bête), les escamotages (Freaks, Cat People...), la prestidigitation (Hiroshima mon amour, 2001, l'odyssée de l'espace...). Le troisième est celui des objets incontournables de la magie : les boules de cristal qui (dé)forment des images du passé et du futur (La maison Tellier, Brigadoon...) et les miroirs, portes avec ou sans tain vers d'autres mondes sans fin (La Dame de Shangaï, Orphée...). La deuxième partie, La magie n'est plus ce qu'elle était, est un titre nostalgique qui semble indiquer que la magie du cinéma n'opère plus. Le spectateur, comme le cinéma, a grandi et a changé de nature. Il est passé de la magie au divertissement et de l'illusion à l'imaginaire, du collectif à l'intime. Le ciné-spectateur est devenu téléspectateur puis écran-spectateur : en passant du grand écran au petit écran puis ordinateur, il a perdu sa foi et toute croyance au magique. Il est plus difficile à surprendre. Enfin, l'auteure montre l'évolution et la transformation ou transmutation de l'osmose cinéma et magie en étudiant des oeuvres filmiques emblématiques : Prospero's Book, Allemagne, année zéro, Dracula, Body Double... Comme le ciné-spectateur était rivé sur le grand écran, le "screen-spectator" ne quitte plus son "poste". L'image, décomposée et recomposée par le numérique (monde des chiffres), (em)mêle vrai et faux, monde réel et monde double : Tron, Alien, Matrix, Avalon... sont des films qui engendrent des jeux vidéos qui transforment le spectateur en acteur et le plongent dans de nouveaux et innombrables mondes virtuels où il perd encore plus pied avec la réalité et confond virtuel et réalité. Pis, il passe de l'icône au pixel, de l'émerveillement à la violence et à la mort toujours plus omniprésentes. Ne passe-t-on pas ainsi de la magie blanche à la magie noire ? En conclusion, un ouvrage docte qui en ravira plus d'un(e) par la redécouverte de films cultes sous le "show" manteau de la magie !
Albert Montagne

Une affiche de la PETA trop angélique censurée


La campagne 2009 de People for the Ethical Treatment of Animals (PETA), Association pour la reconnaissance et la protection des droits de tous les animaux, frappe fort en présentant le top modèle Joanna Krupa en ange (l'auréole lumineuse et les ailes laiteuses ne laissent en effet planer aucun doute sur la nature angélique). Mais, là où le bât blesse est que la Belle est nue comme Eve, qu'elle est un appel à l'Amour avec ses ailes en forme de coeur, qu'elle lévite telle une sainte qui plus est dans une église, que ses seins et pubis sont occultés par une immense croix et que les Fidèles sont transformés en un auditoire de chiens circéens... Une légende complète le message qui se veut faussement biblique ou caritatif : "Be an Angel for Animals. Always Adop. Never Buy" ("Soyez un ange pour les animaux. Adoptez. N'achetez pas"). Cette pub sacrilège pour les Catholiques fait des vagues outre-océan. Une seconde affiche est donc d'ores et déjà présentée sur le site étatsunien de la PETA : l'immense croix est remplacée par un petit crucifix plus discret, le corps est moins dénudé : le bas est habillé et seul le dos est nu, un adorable chiot collant protège des regards les seins de la Belle. C'est cette affiche (censurée) qui est uniquement présentée sur le site français de la PETA. Bon, on connait la musique, toutes les pubs de la PETA sont percutantes, elles présentent souvent de Belles dénudées et cherchent à marquer les esprits par la provocation et le scandale !
Albert Montagne





The Road de John Hillcoat autocensuré


Première.fr signale une "auto"-censure (sans jeu de mots) de The Road (La route) de John Hillcoat , un road-movie pédestre et apocalyptique, inspiré du roman éponyme de 2006 de l'écrivain américain Cormac McCarthy récompensé du Prix Pulitzer 2007. Le film comporte nombre de scènes dérangeantes dont la découverte du corps d'un bébé décapité et embroché au-dessus d’un petit feu de camp, et laissé par des cannibales précipitamment enfuis. Le réalisateur a préféré couper cette scène, cruciale dans le roman, symbolisant la fin (et pas faim) de l'Humanité : « On ne pouvait pas y échapper en adaptant le livre (....). Dans notre tête, ça a un vrai impact, très puissant. Quand on le voit à l’écran, par contre, c’est très différent. C’est très dur et marquant ».
Albert Montagne

Le film Antichrist de Lars von Trier privé de visa d’exploitation par le Conseil d'Etat


Le film Antichrist du Danois Lars von Trier, qui fut récompensé le 24 mai 2009 au festival de Cannes par le Prix d'interprétation féminine décerné à Charlotte Gainsbourg et qui obtint le 2 juin 2009 du ministre de la Culture et de la Communication un visa d’exploitation avec interdiction aux mineurs de moins de 16 ans, s’est vu, par arrêt du CE du 25 novembre 2009, Association Promouvoir, Association Action pour la dignité humaine, annuler la décision ministérielle de classification avec avertissement et, subséquemment, retirer son visa pour vice de forme, le motif de l’interdiction n’étant pas suffisamment précisé : « Considérant qu’il ressort de l’avis de la Commission de classification qu’elle s’est bornée, pour justifier sa proposition d’interdiction du film aux mineurs de 16 ans, mesure prévue par le c de l’article 3 du décret du 23 février 1990, à faire état du « climat violent » du film, sans préciser en quoi cette violence justifiait l’interdiction proposée ; que le ministre de la Culture et de la Communication a motivé le visa litigieux en reproduisant, dans le courrier par lequel il fait part au producteur du film de sa décision, les termes de l’avis de la commission de classification ». On peut s’étonner de cette décision, la majorité des avertissements d’interdiction étant rédigés brièvement. Les faits. Quatre associations, l’Union départementale des associations familiales (UDAF) du Rhône, le Comité protestant évangélique pour la dignité humaine, l'Association Action dignité humaine et l’Association Promouvoir (cette dernière déjà demanderesse en 2000 pour l’affaire Baise-moi), contestant le visa d'exploitation du film Antichrist avec une simple interdiction aux mineurs de moins de 16 ans, ont demandé au CE son annulation et, soit une interdiction aux mineurs de moins de 18 ans, soit une ixification, dans la droite ligne de Baise-moi qui, dans l'arrêt du CE du 30 juin 2000, Association Promouvoir et autres, avait eu la classification aux mineurs de moins de 16 ans annulée, avait frôlé l’ixification et s’était vu momentanément privé de visa d’exploitation (presque un an quand même ! ), donc interdit de diffusion, ce qui avait entraîné spécialement le vote du décret de 12 juillet 2001 restaurant l'interdiction aux mineurs de moins de 18 ans, sans que le film fût ixifié. Selon le Communiqué du CE, « En conséquence de l’annulation prononcée par le Conseil d’Etat, le visa n’existe plus et le ministre se trouve à nouveau saisi de la demande de visa d’exploitation présentée par les producteurs du film. Il devra prendre une nouvelle décision, le cas échéant identique, mais motivée de manière suffisante. Dans l’attente de cette nouvelle décision, le film Antichrist est dépourvu de visa d’exploitation et ne peut donc plus faire l’objet de projection en salles ». Selon un Communiqué de l'AFP, " Cette annulation "purement technique" (...) ne devrait suspendre que brièvement l'exploitation du film. En effet, le ministre de la Culture Frédéric Mitterrand a été saisi dans la foulée d'une nouvelle demande de visa d'exploitation présentée par le producteur d'Antichrist, la société Slot Machine. Ce visa devrait lui être accordé "dans la journée" ". L’affaire n’est pas finie, car comme le précise le Communiqué du CE : « Il (le CE) ne prend donc pas position sur la question posée au fond par les associations requérantes, qui considéraient que le ministre devait étendre l’interdiction aux moins de 18 ans, voire classer le film dans la catégorie des films pornographiques ou d’incitation à la violence ». Ainsi, l’Association Promouvoir, qui "se donne pour objet la promotion des valeurs judéo-chrétiennes, dans tous les domaines de la vie sociale", étant particulièrement active - elle a notamment obtenu que Baise-moi de Virginie Despentes et Coralie Trinh Thi en 2000 et Ken Park de Larry Clark et Edward Lachman en 2004 soient interdits aux mineurs de moins de 18 ans - nul doute qu’elle n’attende la décision du Ministre de la Culture et de la Communication pour ester à nouveau. En effet, s’il confirme l’interdiction aux mineurs de moins de 16 ans en la motivant, l’association demandera derechef l’interdiction aux moins de 18 ans voire l’ixification et le CE devra se prononcer une nouvelle fois ! Il faut noter que le CE s'est référé pour annuler ce visa d’exploitation aux dispositions du Décret du 23 février 1990 pris pour l'application des articles 19 à 22 du Code de l’industrie cinématographique et relatif à la classification des oeuvres cinématographiques, code qui vient d'être réformé par l'Ordonnance du 24 juillet 2009 qui crée le nouveau Code du cinéma et de l’image animée. Désormais, les articles L.211-1 et suivants sont la nouvelle référence pour l’obtention d’un visa d’exploitation. Cependant, une question que l'on peut se poser est celle de l'évolution des critères de classification. Pourquoi un film est-il interdit aux mineurs de moins de 16 ans ou de 18 ans, assorti ou non d'un avertissement, ixifié ou pas pour incitation à la violence ou pornographie, ici et là à telle période ? La censure en France n'est pas une "science exacte ": ses critères ne sont pas tarifés (tel acte, telle censure) mais humanisés (au cas par cas, selon le réalisateur, le sujet, le message...). Quelle que soit la réponse ministérielle, on constate un durcissement de la censure avec la multiplication des interdictions aux mineurs de moins de 18 ans et, pis, le retour de l'ixification avec Histoires de Sexe(s) d'Ovidie et Jack Tyler en octobre 2009 . O tempora ! O mores !
Albert Montagne

Au fait, qu'en est-il des différentes classifications d'Antichrist hors de France et de Navarre ? Le film est interdit aux mineurs de moins de 15 ans au Danemark et en Suisse ; aux moins de 16 ans au Canada (British Columbia / Manitoba / Ontario), en Argentine et en Australie ; aux moins de 18 ans en Italie, Norvège, Finlande, Pologne, Irlande, Nouvelle-Zélande, Espagne, au Royaume-Uni, Brésil et Canada (Québec)... L'interdiction la plus répandue semble donc être celle des moins de 18 ans et la France, dans l'attente d'un visa dûment motivé, devrait rester dans la moyenne censoriale avec une nouvelle interdiction aux mineurs de moins de 16 ans avec avertissement !

PS. Les aléas censoriaux font que deux notules voisines rapprochent dans ce blog Charlotte et Serge Gainsbourg ! Question. Peut-on imaginer des artistes, chanteurs ou acteurs, sans censure ? Pour rappel, du point de vue financier, la censure est une pub gratuite à grande échelle !

L'affiche de Gainsbourg de Joann Sfar interdite de publicité à la RATP


Décidément, la loi Evin - dura lex, sed lex - n'en finit pas de prohiber les pubs où apparaissent le tabac ou l'alcool. Après les censures des cigarettes de Jacques Chirac, Alain Delon, Coco Chanel, et de la pipe de Jacques Tati, MétroFrance signale le nouvel interdit qui frappe l'affiche de Gainsbourg (Vie héroïque), le conte filmique de Joann Sfar, refusée par la RATP (comme les affiches de Coco Chanel et de Jacques Tati, soit dit en passant), qui, heureuse, ne manque pas d'annonceurs et ne connaît pas la crise. Le réalisateur, croyant respecter la loi tabac, avait pourtant éviter de montrer la moindre cigarette ou bout de mégot sur l'affiche. Mais fumée vaut censure pour le censeur RATPiste qui n'aime pas les écrans de fumées (par mesure sécuritaire ?). Franchement, pour tous ceux et celles qui ont connu, écouté ou vu, le chanteur, le poète, l'acteur et le réalisateur, bref l'homme à tête de chou et l'écorché vif, le séducteur de ces dames (et quelles dames !), peut-on imaginer Serge Gainsbourg sans la moindre cigarette ou fumée ? On peut supposer que mettre le feu à un billet de 500 francs (acte prohibé en soi) ne sera pas censuré - une provocation télévisée de Gainsbourg qui fit jaser - mais mettre le feu à une cigarette est interdit ! Je signale, sans me vanter, que dans une note intitulée La future affiche du film Gainsbourg de Joann Sfar verra-t-elle Serge fumer et sera-t-elle donc censurée ? (note en date du 1er aout 2009), j'avais prédit la censure du l'affiche de Gainsbourg, et que, sans vouloir me transformer en oiseau de mauvais augure, L'enfer de Clouzot de Serge Bromberg et Ruxandra Medrea, sous peine de refus, devrait renoncer à toute pub d'affiche sous terre dans les métros... Conclusion ? Citoyens libertaires, Aux armes et caetera !

Le bal des vampires auto-censuré aux Etats-Unis


Ce soir, samedi, minuit, film d'horreur oblige, FR 3 passe, c'est étonnant et c'est fantastique, c'est - aie, aie, ail, ail ! - The Fearless Vampire Killers or Pardon me but your teeth are in my neck (Les intrépides tueurs de vampires ou excusez-moi, mais vos dents sont dans mon cou, plus connu comme The Dance of the Vampires ou Le bal des Vampires) de Roman Polanski (GB, 1967). Pour l'anecdote, signalons qu'il existe deux versions du film. Une première version censurée, américaine (Tiens ! Tiens !), où le producteur Marty Ransohoff (Les jeux de l'amour et de la guerre, Le chevalier des sables...) remonté contre les libertés prises par l'obscur petit metteur en scène polak, fit remonter le film qui fut ramené à 1 h 31. Une seconde version intégrale, européenne, où Roman Polanski, ayant eu la précaution de garder les droits d'exploitation en Europe, put donner libre cours à tout son talent durant 1 h 47. Roman Polanski dans son autobiographie, Roman (Robert Laffont, 1984, p. 348), sentit venir la "chose" car la MGM intervint dès le découpage du film et envoya un mémo censorial demandant notamment, p. 5, de ne pas insister sur le décolleté de la fille ; p. 7, de ne pas s'attarder sur sa nudité dans le bain ; p. 21, d'éliminer l'équivoque "Un petit coup vite fait ?" ; p. 59, d'éviter l'expression "Jésus" et l'utilisation du mot "putain" par deux fois... Pour couper court (et oublier la censure), une bonne soirée/matinée en perspective avec des gags à foison, du début (dès le générique, le vampire verdâtre aux dents longues remplaçant le lion rugissant de la MGM) à la fin (la belle Sarah cro(c)quant le cou de son cher Alfred).
Albert Montagne

L'enfer de Clouzot et de Romy censurable ?


L'enfer d’Henri-Georges Clouzot ressuscité par Serge Bromberg et Ruxandra Medrea, le film que je vais me dépêcher de voir dès sa sortie à Perpignan, et Romy dans l'Enfer, le livre (texte de S. Bromberg, Albin Michel-Lobster) tiré du film, que je vais itou me dépêcher de lire, ont tous deux un point commun qui devrait inciter une censure, notamment pour l'affiche filmique. Les lecteurs de ce blog n'ont pas à réfléchir ! Non, ce n'est pas la beauté éclatante, provocante et sexy de Romy qui - je vous aide - ne peut qu'enflammer les sens (et pas l'essence) ! Ce sont, vous l'avez deviné, les cigarettes, avec ou sans fumée, en pleine contraction avec la loi Evin ! Cf. les censures des cigarettes de Jacques Chirac, Alain Delon, Coco Chanel, et de la pipe de Jacques Tati.
Albert Montagne


PS. Romy était trop belle pour que sa beauté fût cachée ! Un Clouzot sorti du purgatoire ne se rate pas ! D'où, fatalement, cette notule !
PS Bis. Pourquoi diable Romy Schneider fume-t-elle tant ? Pour être plus provocante ?

Histoires de Sexe(s) d'Ovidie et Jack Tyler ixifié pour pornographie !


Cet article se veut un prolongement (sans jeu de mots) du Le sexe au cinéma ? No pasara !, l'instructif article d'Agnes Giard sur l'ixification d'Histoires de Sexe(s) de la hardeuse Ovidie et de Jack Tyler. D'entrée, l'auteure écrit : "Cela ne s'était pas produit depuis treize ans, la commission de censure a procédé le mardi 6 octobre (2009) à la classification X d'une oeuvre cinématographique". En fait, cette phrase est la première de
"Histoires de Sexe(s), le premier film classé X depuis 1996 !, la lettre de protestations, des deux auteurs sur le site du film que je me permets de reproduire in extenso pour mieux le commenter.

Cela ne s'était pas produit depuis treize ans, la commission de censure a procédé le mardi 6 octobre à la classification X d'une œuvre cinématographique. Et nous sommes les détenteurs de ce triste record, coupables d'avoir naïvement présenté au CNC Histoires de Sexe(s).
Ce film a fait l'objet de deux passages en commission. Lors du premier passage, l'obtention d'un visa interdit aux moins de 18 ans sans classification X avait été décidée à l'unanimité. A notre grande surprise, le passage en deuxième commission nous a été fatal. Il ne s'agit pourtant que d'une simple comédie de mœurs, ne contenant ni violence ni propos outrageux, qui n'aurait du susciter aucun débat échevelé au sein de la commission. Notre crime ? Avoir glissé quelques passages explicites de sexe non simulé, pourtant bien éloignés des codes de la pornographie classique. Ni gros plan, ni obscénité, ni dégradation de la personne humaine.
Histoires de Sexes avait pour ambition de s'affranchir des règles de l'industrie pour adulte. Nous aspirions à sortir du ghetto, le CNC nous y a renvoyé aussi sec. Il est généralement reproché aux pornographes de n'écrire aucun scénario, de ne pas travailler la mise en scène, d'être trop éloignés d'une sexualité réaliste, de dégrader la femme. Ce film relevait pourtant ce défi : présenter une sexualité non caricaturale, et mettre en scène la complexité de la relation de couple.
Habituellement, les scenarii ne servent qu'à introduire les scènes de sexe qui sont la raison d'exister des films pornographiques. Dans Histoires de sexe(s), les courts passages explicites ne sont que des illustrations des propos tenus par les protagonistes. 95% de dialogues, pour 5% de sexe, et non l'inverse. Très clairement, il ne s'agit en rien d'un film masturbatoire.
Avec ce film, nous attendions l'émergence d'un genre nouveau : celui du film traitant ouvertement de la sexualité, affranchi des codes de la pornographie et de son quota d'éjaculations faciales. Notre souhait n'était pas d'être exhibé à un public mineur, puisque nous réclamions une interdiction aux moins de 18 ans. Des films tels que Baise-moi (Virginie Despentes et Coralie Trinh-Thi) ou encore Nine songs (Michael Winterbottom) avaient obtenu un visa d'exploitation -18 sans pour autant être classés X.
A l'ère de l'ultra - violence, nous ne comprenons pas que ce petit film indépendant que nous ne jugions pas "polémique" subisse la pire sentence que l'on puisse réclamer pour une œuvre de cinématographie. Plusieurs mois d'écriture et de casting, un mois de tournage, six mois de montage, auront été récompensés par une interdiction. Nous serons donc classés au même rang que des films de sex-shops, tournés en trois jours. Un triste retour en arrière, dans un pays se proclamant de la "liberté d'expression".
Vous voulez en juger par vous-même ? www. histoiresdesexes-lefilm.com "

7 remarques

1) Effectivement, il semble que le dernier film X soit de 1996. Christophe Bier, dans son référentiel Censure-moi, Histoire du classement X en France (L'esprit frappeur, 2000), cite précisément, p. 194, l'ultime film : Elle ruisselle sous la caresse (notons que Masi Bruno, assurément ému, cite, dans Le dernier porno à Paris, Elle ruisselle sans la caresse). Toutefois, le nom du réalisateur (qui, d'ailleurs, doit être un pseudo, comme souvent dans le métier) demeure inconnu.

2) les deux réalisateurs ne sont pas "coupables d'avoir naïvement présenté au CNC Histoires de Sexe(s) car c'est une obligation : tout film, pour être diffusé en France doit obtenir ce que l'on appelle le visa d'exploitation dit aussi, non sans humour, visa de censure. Ce visa est donné en différentes échelles de plus en plus répressives : autorisation « tous publics », interdiction aux mineurs de 12 ans, interdiction aux mineurs de 16 ans, interdiction aux mineurs de de 18 ans, chacune de ces mesures pouvant être accompagnée d’un avertissement sur le contenu de l’œuvre ou sur ses particularités. S'y ajoutent les : Interdiction totale de l'œuvre cinématographique (qui n'est plus utilisée depuis 1981, car trop assimilée à une mesure extrémiste et liberticide) et Interdiction de représentation aux mineurs de 18 ans pour les œuvres comportant des scènes de sexes non simulées ou de très grande violence (appellation qui rappelle celle des anciens films X, dit pornographiques et d'incitation à la violence), qui appartient au ministre chargé du Cinéma, actuellement Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture et de la Communication.

3) "Lors du premier passage, l'obtention d'un visa interdit aux moins de 18 ans sans classification X avait été décidée à l'unanimité. A notre grande surprise, le passage en deuxième commission nous a été fatal". Les deux réalisateurs semblent (faussement) méconnaître la procédure censoriale. Comme il est de coutume, un film passe en tout premier lieu devant une sous-commission. Si le film est jugé tout public, il n'a pas de problème pour l'obtention du film. Mais si une seule restriction est soulevée, le film passe automatiquement en Commission plénière qui donne son avis final (avis, car la décision ultime appartient au seul ministre compétent). S'agissant d'Histoires de Sexe(s), le premier avis (interdiction aux mineurs de 18 ans) n'était qu'un avis et il appartenait à la Commission plénière de confirmer ou d'alourdir l'avis de première instance (mais on pouvait espérer, au pire, une interdiction aux mineurs de 18 ans avec avertissement).

4) "Avoir glissé quelques passages explicites de sexe non simulé, pourtant bien éloignés des codes de la pornographie classique". Cette phrase correspond à la définition jurisprudentielle classique (des années 75-80) de la pornographie hard, avec scène de sexe non simulée, contrairement à la pornographie soft, de bon aloi, où tout est simulé. Pour le censeur, peu importe qu'il y ait "95% de dialogues, pour 5% de sexe" ; peu importe que le scénario soit consistant à l'opposé d'un porno ; peu importe que le film soit "réaliste sur la sexualité" mais non pornographique (je compatis, en passant, aux acteurs qui ont du apprendre leur texte et le savoir sur le bout des doigts), seule semble compter la "pénétration", quelle qu'elle soit (digitale, virile, linguale), qui ixifie ! En fait, rien ne vaut l'érotisme : il faut suggérer et donner envie, non montrer ! (Ceci dit, la violence, comme l'horreur suggérée, fait bien plus peur que la violence ou l'horreur montrée !).

5) "A l'ère de l'ultra -violence, nous ne comprenons pas que ce petit film indépendant que nous ne jugions pas "polémique" subisse la pire sentence que l'on puisse réclamer pour une œuvre de cinématographie". Pour le censeur, l'ultra-violence est le pendant de la pornographie qui est aussi, ni plus ni moins une ultra-pornographie. La seule question qui se pose est : "Doit-on interdire les films violents et pornographiques ?". Une première solution, pour éviter la classification est, le film étant à 95 % de dialogues et 5 % de sexe, de proposer une version "censurée", sans sexe donc, quitte à rajouter des scènes coupées (et dialoguées) pour retrouver la longueur populaire d'1 h 30, quitte à proposer une version intégrale, non censurée, exclusivement réservée aux adultes (et ixifiée). Une seconde solution est que Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture et de la Communication, minore l'ixification de la Commission de Classification en simple "Interdiction aux mineurs de 18 ans avec - ou sans - avertissement". La Commission propose, le ministre décide ! Maintenant, il appartient seulement à Frédéric Mitterrand, bien vu par certains pour avoir pris la défense de Roman Polanski, mal vu par d'autres pour promouvoir la Loi Hadopi, de confirmer ou d'infirmer l'ixification ! Enfin, une troisième solution existe, comme pour le film Baise-moi, que les auteurs contestent la décision ministérielle devant la Justice. Il appartiendrait ainsi au Conseil d'Etat de trancher (verbe approprié, s'agissant de censure).

6) Pourquoi Histoires de Sexe(s) a-t-il été ixifié ? Pour essayer de trouver une réponse, il faut revenir aux Années 2000. La classification aux mineurs de moins de 18 ans a été remise en place par le décret du 12 juillet 2001, texte législatif spécialement créé pour Baise-moi de Virginie Despentes et Coralie Trinh Thi (2000), film qui avait été en 2000 privé de visa par le CE (non compétent pour ixifier un film), et donc interdit de distribution (ce qui équivalait à une interdiction totale). Désormais, tout film présentant des scènes de sexe et de violence non simulées ou d'incitation au sexe ou à la violence n'est plus ixifié (comme dans les Années 75) mais "interdit aux moins de 18 ans." Pourtant, Shortbus de John Cameron Mitchell, film contenant de nombreuses scènes sexplicites et non simulées, est seulement "interdit aux moins de 16 ans avec avertissement". En effet, la Commission de Classification a recommandé pour ce film "une interdiction aux mineurs de moins de seize ans assortie d'un avertissement en raison de la présence de scènes de sexe crues et osées, pour certaines non simulées. Elle n'a toutefois pas estimé justifier de proposer une interdiction aux moins de dix huit ans en raison du climat général de cette comédie qui met en scène des adultes à la recherche de leur épanouissement sexuel sans jamais être placés dans des situations de contrainte et d'un ton globalement amusé qui permet au spectateur de prendre de la distance par rapport aux images proposées". L'avertissement proposé est : "Ce film comporte des scènes de sexe crues et réalistes susceptibles de choquer certains spectateurs". Comment expliquer cette libéralité pour Shortbus et cette sévérité pour Histoires de Sexe(s), qui se voit refuser la moindre excuse éducative ou sociétale comme l'indique le sous-titre : Le film réaliste sur la sexualité ? Une censure logique semblait être une simple "interdiction aux mineurs de 18 ans". Une censure plus sévère devait être une "interdiction aux mineurs avec avertissement" ! Le pis du pis a été choisi avec l'ixification. Le retour de l'ixification marquerait donc un recul de la libéralisation et, a contrario, le retour du rigorisme. En fait, il semble que ce soit, ni plus ni moins, le C.V trop X des deux cinéastes (Ovidie est hardeuse, Jack est réalisateur de pornos) qui entache leur film et le mette au pilori d'un X infamant. D'entrée, le générique était pornographique, nul besoin n'était de visionner le film pour chercher une caution artistique ! Conclusion, en ces temps de crises, notamment morales et intellectuelles, la censure se durcit plus que jamais, tant pour la violence (le meilleur exemple est Quand l'embryon part braconner !) que pour la pornographie (Histoires de Sexe(s) en faisant les frais !). C'est paradoxal, vu internet qui diffuse, à profusion, gratuitement et dans toutes les langues, tous les genres interdits et même tous les interdits. C'est compréhensible, si on imagine un petit serrage de vis moral. On comprend donc que la censure d'internet soit l'étape ultime.

7) S'agissant du CNC, on peut regretter que - contrairement, au CSA, son collègue de l'audiovisuel - les avis des sous-commissions et Commissions plénières ne soient rendus publics, d'autant que, depuis 2007, la Commission de classification ne publie plus sur le net ses rapports annuels. Certains interdits restent ainsi fâcheusement méconnus du grand public. A l'interdiction succède de plus en plus l'ignorance ! Le "silence radio" des médias (presses écrite et orale, net) sur l'ixification d'Histoires de Sexe(s) ne fait que corroborer cette fâcheuse tendance.

Albert Montagne

PS. Cf itou Jean-Pierre Bouyxou, La déglingue de l'empire amer et con in Siné Hebdo n° 64 du 25 novembre 2009.


1 Day de Penny Woolcock censuré par la police britannique !

1 Day , film britannique de Penny Woolcock vient de connaître une censure rare. Alors que le film avait été simplement interdit le 28 août 2009 aux mineurs de 15 ans par le Bureau britannique de Classification des films (British Board of Film Classification ou BBFC, l'équivalent de notre Commission nationale de classification des oeuvres cinématographiques), pour la violence du vocabulaire (une mauvaise traduction en français filtrera cela) et les images (utilisation de couteaux et d'armes à feu, de drogues douces et dures), la police de la région de West Midlands aurait conseillé aux cinémas de Birmingham de ne pas projeter le film qui doit sortir ce vendredi 6 novembre, ce qui équivaudrait à la pire censure qui soit : l'interdiction totale ! Encore faudrait-il qu'elle ne soit que locale et non pas nationale ! En France, il faut une menace de l'Ordre public pour qu'un maire ou un préfet, mais certes pas un commissaire de police, interdise un film (à moins qu'on ne protège, a contrario, le cinéma de toute menace par un cordon policier conséquent). Des circonstances locales peuvent justifier l'interdiction, notamment, vu le sujet, l'existence de gangs actifs et violents. Pourtant, vu le synopsis, 1 Day est un thriller dramatique et musical qui oppose deux gangs de Birmingham. Présenté quel tel, cela rappelle le shakespearien West Side Story qui oppose dans le New York des années 1950 deux gangs : les Jets (Américains d'origine polonaise) et les Sharks (immigrés d'origine portoricaine). Avec l'évolution des moeurs, le film va plus loin. Il est, en quelque sorte, un cocktail cinéphile - mais pas molotov - de A Clockwork Orange (interdit aux mineurs de 18 ans en Grande-Bretagne), de The Warriors (ixifié en France pour violence et donc interdit aux mineurs de 18 ans) et de Gangs of New York (interdit aux mineurs de 12 ans au cinéma et aux mineurs de 16 ans à la télévision française). La cinéaste Penny Woolcock (cf Naman Ramachandran in Cineuropa) estime que "la censure du film témoigne d'une grand étroitesse de vue, c'est une décision honteuse qui va décevoir beaucoup de gens. Quand bien même il serait vrai que 1 Day esthétise l'usage des armes à feu, or c'est faux, je ne pense pas qu'il revienne à la police locale de décider quels films peuvent ou ne peuvent pas être projetés". Les Britanniques suivront-ils le "conseil" avisé de la police, ou, au contraire, iront-ils en foule voir le film ? Une autre option envisageable, comme certaines craintes françaises récentes pour Banlieue 13 Ultimatum - film boudé par certaines salles - ou lointaines pour Les guerriers de la nuit, est que tous les membres de gangs n'aillent visionner en bandes le film et n'aient ensuite des idées en tête !
Albert Montagne

video

1 DAY THE MOVIE - OFFICIAL SITE - IN UK CINEMAS 6 TH NOVEMBER 2009

Jean Rouch, cinéma et anthropologie


Jean-Paul Colleyn (textes réunis par)
Edgar Morin (Préface),
Marc Henri Piault (Postface),
Cahiers du Cinéma, Coll. Essais, Ina,
2009, 190 p., 25 euros.

Jean Rouch (1917-2004) est un cinéaste incontournable du documentaire. Ethnologue, il est l’un des théoriciens de l’anthropologie visuelle et l'un des créateurs - avec Henri Langlois, Enrico Fulchignoni, Marcell Griaule, André Leroi-Gourhan et Claude Lévi-Strauss - du film ethnographique. Le titre prête quelque peu à confusion car le livre n'est pas un travail collectif mais un ensemble de textes - tous écrits et déjà publiés par J. Rouch chez différents éditeurs et réunis ici par J.-P. Colleyn, anthropologue et cinéaste, directeur d’études à l’EHESS - qui montrent que le cinéaste sait manier autant la plume que la caméra. Ce sont L'Autre et le Sacré : jeu sacré, jeu politique (pp. 29-47), texte autobiographique d'un colloque tenu à Londres en 1992 ; Le Renard fou et le Maître malade (pp. 49-60), texte de 1978 dédié à Germaine Dieterlen qui réalisa avec lui de nombreux films dont la série des Signi, essai sur le rite filmé sur 7 ans ; Le film ethnographique (pp. 85-109), un article encyclopédique et érudit, technique et théorique, de 1968 où l'auteur définit lui-même le genre ; Le vrai et le faux (pp. 111-121), texte de 1989 sur le rapport réalité/image ou sur le cinéma-vérité, genre dont J. Rouch, considéré comme un des fondateurs, fait la mise au point ; Essai sur les avatars de la personne du possédé, du magicien, du sorcier, du cinéaste et de l'ethnographe (pp. 140-153), un texte de 1971 sur la cinématographie de terrain comparant les cinéaste/possédé et chasseur d'images/sorcier. S'y ajoutent deux entretiens avec J. Rouch : 54 ans sans trépied (pp. 72-83), un entretien avec J.-P. Colleyn à l'occasion d'un numéro de CinémAction sur l'ethnologie qui montre les rapports entre technique et éthique de tournage, et Questions de méthode (pp. 123-136), un entretien avec Eric Rhomer et Louis Marcorelles où Jean Rouch, présentant La punition, redéfinit le cinéma-vérité. Trois articles "extérieurs" ouvrent et ferment ce corpus : une Préface d'Edgar Morin, complice et co-réalisateur avec J. Rouch de Chronique d'un été, documentaire ethnographique sur Paris et les Parisiens qui devait, à l'origine, s'appeler Comment vis-tu ? ; 7 Clés pour Jean Rouch, Avant-Propos de J.-P. Colleyn et Regards croisés, Regards partagés, Postface de M. H. Piault. Des Notes finales, Repères biographiques et une Filmographie exhaustive concluent classiquement le tout. Un ouvrage référentiel donc, bien illustré qui plus est. Il faut signaler un Colloque international en Hommage à Jean Rouch, Cinéma direct et construction du réel, tenu à Paris du 16 et 20 novembre 2009, qui s'avère passionnant avec, notamment, deux jours de projections de restaurations inédites des films de J. Rouch. Pour plonger encore plus loin dans le sujet, on lira avec intérêt les deux récents Documentaire, un autre cinéma de Guy Gauthier (Armand Colin, Coll. Cinéma, 2008) et Jean Rouch de Maxime Scheinfeigel (CNRS Editions, 2008).
Albert Montagne

Le film 2012 autocensuré par son réalisateur !


Bivouac-id.com signale l'auto-censure du réalisateur Roland Emmerich - The Day After Tomorrow, Independence Day, Godzilla - sur son nouveau film catastrophe 2012. Si le cinéaste n'a pas hésité à mettre en scène la destruction du mondialement célèbre Christ rédempteur de Rio de Janeiro, il a du renoncer à celle de la Kaaba, le bâtiment religieux cuboïde au coeur de la Mekke, par crainte d'une Fatwa. La séquence n'étant pas primordiale, l'auteur n'a pas voulu prendre le moindre risque. Comme quoi, on peut s'attaquer aux symboles chrétiens mais pas à ceux de l'Islam ! Une autre auto-censure imputable à la peur de représailles intégristes est signalée : dans le film Anges et Démons de Ron Howard, adapté du Da Vinci Code de Dan Brown, film déjà censuré par l'Eglise catholique, le tueur, qui, dans le roman est un Arabe musulman, devient un Danois.
Albert Montagne

Soirée Roman Polanski à la Cinémathèque suisse. Docteur Roman et Mister Polanski ?


La Cinémathèque suisse consacre la soirée entière du mercredi 4 novembre 2009 à Roman Polanski. Le public pourra regarder - gratuitement - Le gros et le maigre, un court de Roman Polanski (cinéaste et acteur, 1961, 16 ') et A King in New York (Un roi à New-York) de Charles Chaplin (1957, 1 h 50). Roman Polanski a été arrêté le 26 septembre 2009 à l’aéroport de Zurich, en Suisse, en vertu d'un mandat étatsunien pour une affaire de détournement de mineure datant de 1977. Comble de l'ironie, il se rendait au festival international de cinéma de Zurich pour recevoir un prix pour l'ensemble de son oeuvre. Le choix filmique d'Un roi à New York n'est certes pas innocent : un vieux roi, exilé à New-York, doit s'adapter aux conditions de vie nord-américaines avant de découvrir, à travers un enfant, les méfaits du maccarthysme. Ainsi, le film est la métaphore évidente de Chaplin - ou de Polanski - qui, harcelé par les autorités étatsuniennes, doit quitter les E.U. pour s'établir en Europe ! Cette soirée "anti-américaine" en l'honneur de Polanski est pour les organisateurs, François Albera (professeur à la Section d'histoire et esthétique du cinéma, Université de Lausanne), Lionel Baier (responsable de l'Unité de cinéma à l'Ecole d'Art de Lausanne) et Frédéric Maire (directeur de la Cinémathèque suisse), l'occasion de rappeler la valeur d'un cinéaste, "dont l'importance et le renom ne sauraient être escamotés par les événements actuels". On peut donc opposer le Docteur Roman, porté au nues en Europe, et le Mister Polanski, peu apprécié aux E.U. !
Albert Montagne

Pétition en Espagne pour que Saw VI soit désixifié


Comme pour l'Affaire Quand l'embryon part braconner en France, Saw VI connaît à son tour en Espagne une pétition queremosversaw (nousvoulonsvoirsaw) qui circule actuellement sur le net et qui demande sa mise en liberté par une simple interdiction aux mineurs de 18 ans au lieu de sa classification X pour apologie de la violence reléguant automatiquement le film dans 8 salles spécialisées pour tout le pays. En cliquant ici, on peut lire la lettre envoyée au ministre chargé du cinéma (traduction par votre serviteur) : "Pour Le ministère de la Culture. Au jour d'hier, 20/10/09, la classification du film Saw VI fut accordée seulement trois jours avant sa sortie. Ladite qualification fut "film X", limitant sa diffusion aux seules salles spécialisées X. Il faut préciser que le film en question est le sixième opus d'une saga qui, année après année, a attiré des spectateurs du monde entier, ce qui engrangea d'énormes bénéfices pour l'industrie du cinéma, toujours plus décadent. Le public est conscient du haut niveau de violence et d' hémoglobine que véhicule ce film, mais nous ne comprenons pas comment cet épisode peut être censuré alors que les cinq autres ont tous été qualifiés de "Non conseillé aux mineurs de 18 ans". Les E.U. eux-mêmes, un pays pourtant connu pour être strict avec la censure filmique et audiovisuelle, l'a pareillement qualifié. Nous demandons donc que le ministère de la Culture rectifie cette politique rétrograde et antidémocratique et que l'on autorise la sortie de Saw VI dans toutes les salles de cinéma classiques, avec la qualification adéquate : "Non conseillé aux mineurs de 18 ans". D'ores et déjà, plus de 50.000 signatures ont été recueillies ! Le ministre chargé du cinéma se ravisera-t-il ? Le film sortira-t-il "normalement" dans les salles ? C'est à voir !
Albert Montagne

Une pub polémique sur des dessous érotiques !


Liaison dangereuse, une marque allemande de dessous féminins, qui veut certainement rivaliser avec la marque de lingerie française Audace, vient de diffuser un spot qui devrait plus que scandaliser certains, en tous cas, marquer unanimement les esprits ! La pub commence classiquement comme un spot érotique : une très belle femme, nue mais chaussée - c'est le top-modèle allemand Miriam Wimmer - se maquille lentement. Elle s'habille, longuement, méticuleusement, de dessous tous aussi excitants les uns que les autres. Pour tout dire, elle revêt l'intégrale de la panoplie sexy de la femme qui entend plaire et qui se veut séduisante : petite culotte noire aérée, petit soutien-gorge noir, longs bas noirs, porte-jarretelles noir... Mais - oh surprise, on n'en revient pas - elle revêt un niqab noire (d'autres y verront une burqa) qui la voile intégralement - sauf son regard ouvert - occultant désormais tous ses appâts. C'est le détail qui tue, enfin, qui fait tomber les envies ou, du moins, les fantasmes. Un slogan conclue : "Sexiness for everyone. Everywher" ("Tout le monde a le droit d'être sexy. Partout"). Surprenant ! Censurable sachant que pour les Musulmans, la niqab est surtout un vêtement religieux ! Je propose un nouveau slogan : "Liaison dangereuse, des dessous provocants !". C'est hot et c'est à voir ici !
Albert Montagne

Paul Carpita, cinéaste censuré, n'est plus !


Cinéaste franc-tireur, le Marseillais Paul Carpita, s'est éteint samedi 24 octobre à l'âge de 87 ans. Communiste engagé, il réalise de 1953 à 1955, avec peu de moyens, Le rendez-vous des quais, sur un monde qu'il connait bien - son père étant docker et sa mère poissonnière - et qui raconte une histoire d'amour à la Marcel Pagnol entre un docker et une ouvrière, mais sur double fond de grèves de dockers phocéens et de guerre d'Indochine (refus d'embarquer des armes). Le sujet vaut au film la saisie de la copie par la police dès la première projection et une interdiction totale par le ministre de l'Industrie et du Commerce chargé de l'Information, après avis de la Commission de censure, pour le motif suivant : "Ce film retrace (ce dont ne fait pas état le synopsis) une grève déclenchée (sic) par les dockers de Marseille, sous un prétexte syndical, pour mener une action contre la guerre d'Indochine. Il contient des scènes de résistance violente à la force publique. Sa projection est de nature à présenter une menace pour l'ordre public". Le film est censuré pendant 35 années - un record ! - mais son interdiction est éclipsée par le scandale de l'interdiction de Bel Ami de Louis Daquin (1955). Carpita voit sa carrière, que l'on devinait prometteuse, définitivement compromise. Instituteur, il partage sa passion du cinéma en faisant tourner ses élèves et amis. Mais Le rendez-vous des quais, saisi et perdu, est finalement retrouvé en 1988 aux Archives du Film et entame une nouvelle carrière en 1989. Le film, tourné dans les années 50 avec des acteurs non-professionnels dans des décors naturels, est désormais vu par la critique française comme le chaînon manquant entre le Néoréalisme italien et la Nouvelle vague et son auteur est réhabilité et célébré. Carpita réalise alors une série de documentaires puis deux longs métrages : Les sables mouvants en 1995 et Marche ou rêve (ou Les homards de l'utopie), son dernier film en 2001. Il reste un cinéaste français maudit, un OVNI politique et militant, dont l'oeuvre est à redécouvrir !
Albert Montagne

DailyMotion capitalisé par l'Etat français et futur censorisé ?


Le Fonds Stratégique d'Investissement (FSI), c'est-à-dire l'Etat français, annonce son entrée au capital de DailyMotion en investissant 7,5 millions d’euros lors d’une levée de fonds de 17 millions. Mais que vient donc faire l'Etat sur DailyMotion, le concurrent direct, mais pourtant fort éloigné, de YouTube (un milliard de vidéos vues par mois sur DailyMotion contre ce chiffre par jour pour YouTube) ? Comme YouTube, géant du partage de vidéos en ligne, a été racheté par Google en 2006 pour 1,65 milliard de dollars, l'Etat français a peut être réalisé une excellente affaire ? De fait, l’Etat français aura surtout un siège au conseil d’administration de DailyMotion ! Sachant que l'on peut y trouver des vidéos interdites sur YouTube, on peut craindre que l’Etat, voulant compléter la loi Hadopi et le rapport Morano, n'ait investi sur DailyMotion pour mieux pouvoir censurer les vidéos dérangeantes. Sachant aussi que l'Etat c'est nous, du moins que nos impôts et taxes achètent DailyMotion, les vidéos en ligne devraient, au contraire, être plus que jamais libres et gratuites de diffusion ! A voir !
Albert Montagne

Saw VI de Kevin Greutert classifié X - pour violence - en Espagne !


Tout était prêt en Espagne pour la sortie le 23 octobre du film Saw VI de Kevin Greutert, marketing et site web, et puis Ángeles González-Sinde, ministre de Culture, suivant l'avis de l'ICAA (Instituto de la Cinematografía y de las Artes Audiovisuales, le CNC espagnol), a décidé d'ixifier le film en vertu de la Loi de 1982 pour apologie de violence - puisque ce n'est pas pour pornographie (comme en France) - reléguant automatiquement le film au seul circuit pornographique, limité à 8 salles spécialisées pour quelque 300 copies espagnoles, bref le tuant net sur place avant même qu'il ne sorte (l'horreur pure pour un film d'horreur !). Le plus étrange est que toutes les versions antérieures, Saw I, Saw II, Saw III, Saw IV, Saw V, n'ont eu aucune classification ! D'où vient donc cette interdiction nouvelle ? Un durcissement de politique ? Une volonté de stopper le filon d'or de la saga de l'horreur la plus prolifique (6 opus) et trop rentable ? Buena Vista International, le distributeur européen qui n'avait pas vu venir la chose censoriale au pays de Franco, sera forcé de revoir sa politique (films en Amérique latine ?) ! Cette censure espagnole rappelle la censure française de Quand l'embryon part braconner de Koji Wakamatsu interdit aux mineurs de 18 ans pour violence en octobre 2008, un an tout juste ! Justement, espérons que la Commission nationale de Classification des œuvres cinématographiques, bref la censure française, émoustillée par l'exemple, ne suive sa consoeur ibérique et n'ixifie pas à son tour pour violence Saw VI qui doit sortir ce 4 novembre 2009 en France ! Ce serait un nouveau cas censorial - l'ablatif, comme en latin - de cohésion ou de coopération en Europe !
Albert Montagne

Pour Rappel, Saw III, le petit frère enfanté par Darren Lynn, a été interdit aux mineurs de 18 ans pour violence en 2006 en France !

Affiches Contre Vs affiches Pour les anti- minarets !


La guerre des anti- minarets en Suisse prend un essor nouveau avec l'apparition d'affiches contre les contre-minarets. En effet, le Mouvement de lutte contre le racisme (MLCR), a aussi créé de son côté une affiche appelant à voter "NON à l'initiative anti-minarets". l'affiche se veut humoristique et oppose deux Suisses, chacun dans son lit, la nuit. L'un dort paisiblement, faisant de doux rêves colorés : dans une verte prairie ensoleillée des moutons de toutes les couleurs et continents broutent paisiblement. L'autre n'arrive pas à dormir, casqué et armé d'un fusil, il voit dans un champ clôturé la vie en noir : un corbeau noir, un mouton noir, une burqa noire ! La morale de cette affiche parait évidente : pour bien dormir et être en bonne santé physique et mentale, il ne faut pas être xénophobe ! Les anti-minarets réagiront-ils à cette affiche ?
Albert Montagne

Les Hots d'Or 2009, le Show du Septième Hard !


Les Hots d'Or, créés éponymement par Hot Vidéo, le magazine officiel de la vidéo X né en 1989, sont les Césars - ou plutôt, vu leur apparence, les Oscars féminisés - du Septième Hard qui furent décernés de 1992 à 2001 à Cannes (en marge du Festival) ou à Paris. Internet avait porté un coup bas au X mais les Hot d'Or, après 8 années d'abs(tin)ence, furent de retour à Paris pour fêter les 20 ans de Hot Vidéo ! Ignoré des chaînes télévisées publiques, le 11e Hot d'Or fut un show relevé avec Brigitte Lahaie, ancienne ixeuse et présente maîtresse de cérémonie, qui susurra : "La pornographie n'est toujours pas entrée dans la culture et, pourtant, certains films de c.. sont devenus cultes !". Comme pour les récompenses classiques, des prix distinguent différentes catégories : meilleur acteur, meilleure actrice, meilleur metteur en scène, meilleur film, meilleur DVD... mais, à différents niveaux : français, européens, américains, triplant donc le nombre de primé(e)s. Voici, sans le moindre commentaire - le cinéma X n'étant pas ma tasse de thé (je préfère le café !) et mon blog se voulant ouvert contre toute censure - le palmarès complet de cette cérémonie 2009.
- Meilleur film français : Ritual de Moire * Candy (Marc Dorcel)
- Meilleur film européen : Billionaire de Alessandro del Mar (Private)
- Meilleur film américain : Pirates 2 de Joone (Digital Playground)
- Meilleur réalisateur Français : John B. Root (Montre moi du rose JBR Média)
- Meilleur réalisateur européen : Alessandro del Mar (Billionaire Private)
- Meilleur réalisateur américain : John Stagliano (Fashionistas Safado Berlin Evil Angel / Marc Dorcel)
- Meilleure actrice française : Katsuni (Pirates 2 Digital Playground)
- Meilleure actrice européenne : Tarra White (Billionaire Private)
- Meilleure actrice américaine : Jesse Jane (Pirates 2 Digital Playground)
- Meilleur acteur français : Sebastian Barrio (Blanche, Alice, Sandy et les autres - Alkrys)
- Meilleur acteur européen : Choky Ice (Sex and high speed Blue One)
- Meilleur acteur américain : Evan Stone (Pirates 2 Digital Playground)
- Meilleure starlette française : Angell Summers
- Meilleure starlette européenne : Black Angelika
- Meilleure starlette américaine : Kayden Kross
- Meilleure performeuse française : Cécilia Vega
- Meilleure performeuse européenne : Tarra White
- Meilleure performeuse américaine : Jenna Haze
- Meilleur performeur français : Manuel Ferrara
- Meilleur performeur européen : Nacho Vidal
- Meilleur performeuraméricain : Lexington Steele
- Meilleur scénario français : Blanche, Alice, Sandy et les autres de Christian Lavil (Alkrys)
- Meilleur scénario européen : Billionaire de Alessandro del Mar (Private)
- Meilleur scénario américain : Pirates 2 de Joone (Digital Playground)
- Meilleur réalisateur de gonzo français : Enola et Al Arash (Le Porntour Swipp)
- Meilleur réalisateur de gonzo européen : Christophe Clark (Angel perverse Evil Angel)
- Meilleur réalisateur de gonzo américain : Manuel Ferrara (Slutty and sluttier VCV / Evil Angel)
- Meilleur blog d'actrice : Katsuni - www.ilovekatsuni.com
- Meilleur site internet : www.sexyavenue.com
- En outre, ont reçu un Hot d'Or d'honneur : Second Sexe, Alpha France, Coralie Trinh Thi, Piotr Stanislas, Gérard Kikoïne, Evil Angel, Ovidie et Jack Tyler, Adam & Eve et Estelle Desanges.
A. M.

Le "rapport Morano" : éduquer, signaler, filtrer et censurer le net !


Les jeunes utilisent de plus en plus internet sans soupçonner ou mesurer l'importance des nombreux dangers et écueils visibles et immergés : contenus choquants, pornographiques et violents, impact sur le mental, la socialisation et la concentration, addiction, tri de l’information et des sources, respect des tiers et des droits d’auteurs. C'est pourquoi, en mars 2009, Nadine Morano, secrétaire d'Etat à la Famille, avait demandé à Agnès Vincent Deray, membre honoraire du CSA, chargée de la protection de l’enfance, de présider la Commission Famille, Education aux Medias, composée de professionnels des médias et des représentants d’associations de l’éducation, de la famille et de l’enfance, pour étudier les effets de la montée d’internet chez les jeunes et pour proposer des outils concrets de maitrise du média par les familles ainsi que des solutions de protection de l'enfance. Ce mercredi 21 octobre, la Commission vient de rendre ses conclusions dans le Rapport Construire une politique structurée d'éducation aux médias pour tous - dont la synthèse est sur le site PC Inpact - divisé en 4 axes majeurs, eux-mêmes sub-divisés en 15 propositions ou articles. Pour schématiser, il semble qu’Eduquer rime désormais avec Signaler (Art. 8), Contrôler (Art. 13) et Filtrer (Art.14), bref avec Censurer ! En effet, l’Art. 8 veut instaurer progressivement une signalétique uniforme pour les contenus audiovisuels, télévisés et vidéos, avec maintien du pictogramme « déconseillé aux moins de 10 ans » tout ou long des programmes, apparition systématique de la signalétique dans les programmes TV de la presse et les sites internet. Les radios seraient aussi concernées avec l’apposition d’un pictogramme à côté des podcasts. L’Art.13 veut renforcer le contrôle parental avec la participation des fournisseurs d’accès à internet qui signaleraient des contenus choquants ou incitant à des comportements à risques. Les jeux en ligne sont aussi concernés. L’Art. 14 veut développer le filtrage avec les empreintes numériques pour reconnaître des programmes signalisés, notamment violents ou pornographiques, et les interdire en ligne, et les tatouages numériques pour inscrire et suivre dans les vidéos les informations de signalétiques. Le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel (CSA), déjà fort sollicité, verra ses compétences de contrôle audiovisuel accrues et sera, plus que jamais, le gardien consacré de tous les médias. Tout un programme médiatique !
Albert Montagne

Signaler une photo retouchée n'est pas interdire ... mais censurer !


Actuellement une polémique naît sur le net et les presses écrite et orale avec la proposition de loi de la députée UMP Valérie Boyer sur l'obligation de signaler toute photo retouchée sur un ordinateur. Certains s'insurgent en criant au loup mais l'optique de la députée n'est certes pas d'interdire les photos retouchées mais seulement de signaler, par une pastille, un bandeau, un message, que le corps idéal(isé) a été "transformé" et que les gras, rides et boutons disgracieux ont donc été effacés artificiellement. Nonobstant, les puristes objecteront, avec raison, que signaler correspond de facto à une censure : dans le milieu cinématographique, les avertissements et bandeaux sont bel et bien une limitation ou censure filmique ! Pour calmer les esprits chagrins, il faut préciser que ladite disposition "info-retouche" ne concerne que les publicités - elle vise essentiellement les mannequins, notamment squelettiques et anorexiques - et non pas les photos d'hommes et de femmes politiques, d'acteurs et actrices, qui peuvent continuer à dormir tranquilles. Les spectateurs et lectrices pourraient désormais, non seulement prendre la part des choses en sachant que leur idole n'est pas parfaite, mais aussi se demander où et combien de fois il y a eu retouches(s) !
Albert Montagne

Le clip J'ai 40 meufs de Morsay censurable

Aligné à droite
Après le "dé-rap-age" du rappeur Orelsan, c'est au tour du rappeur Morsay, leader du groupe Truand 2 la Galère, de frapper fort, en affichant sa forme, avec J'ai 40 meufs, sa nouvelle vidéo qui circule actuellement sur le net, et dans laquelle des jeunes - certains cagoulés, mais tous en réunion - armés de pistolets, fusils, cutters, battes de bois et barres de fer, font des bras d'honneur et des gestes menaçants et crient contre les polices municipale et nationale, les "pédés" et les "branleurs" de tout poil. Le refrain, mnémotechnique, donne le ton : "J’ai 40 meufs, j’ai toujours la dalle et je nique la police municipale et je nique la police nationale". Vu les problèmes pluriels et résurgents des banlieues, on comprend que le Syndicat national des policiers municipaux (SNPM) ait demandé des poursuites contre les auteurs de cette vidéo faite "d’injures et d’incitations à la haine et à la violence" et qui est, pour l'instant, visible sur Youtube ! Comme toujours, la provocation est le meilleur moyen pour un rappeur inconnu - ou méconnu - de se faire connaître le plus vite possible grâce à un coup de pub inespéré.
Albert Montagne

Histoire juridique des interdits cinématographiques en France (1909-2001), l'harmattan, 2007.

Les monstres, du mythe au culte