Jean A. Gili,
Cineteca Bologna & Le Mani, 2005, 232 p., 15 €.
Ce livre édité par la Cinémathèque de Bologne à l’occasion de la XIX édition de Cinéma Ritrovato, est consacré à l’un des plus grands acteurs comiques du cinéma muet, hélas oublié du grand public, André Deed. De son vrai nom Henri André Augustin Chapais (1879-1940), attiré très tôt par le monde du spectacle, il est d’abord acrobate et chanteur de music-hall. En 1901, il se lance dans l’industrie naissante du cinéma en travaillant pour Georges Méliès, le mage de Montreuil. En 1906, il entre chez Pathé aux studios de Vincennes où il s’illustre dans le rôle de Boireau, un comique causant les pires catastrophes. Passé à Turin en 1909, il connaît un énorme succès en devenant Cretinetti. Pour mesurer son succès international, il suffit de connaître - tel l’impassible Buster Keaton - les innombrables surnoms qu’il porte selon les pays : Gribouille en France, Cretinetti en Italie, Toribio et Sanchez dans la péninsule ibérique et en Amérique latine, Foolshead dans le monde anglophone, Lehman en Suisse ... Avec le temps, Deed se bonifie et devient réalisateur, scénariste. En 1912, il revient en France chez Pathé et redevient Boireau. En 1915, il retourne en Italie – selon Roman Gubern, la Société de Production Pastrone le menaçait de payer une indemnité pharamineuse pour rupture de contrat - et redevient Cretinetti. Dans les années 20, il connaît un déclin et finit sa carrière en France. Une filmographie et une bibliographie exhaustives et bilingues (française et italienne) concluent ce livre. Il faut noter l’effort remarquable - serait-ce une caractéristique de Gili ? - d’une iconographie incroyablement surabondante et inédite - fait rare, pourtant déjà constaté pour le Luigi Comencini aux Ed. Gremese - constituant un véritable album de photos qui complète cette étude et fait de cet ouvrage un événement à ne pas rater. Précisons que ce livre sur une grande figure burlesque du cinéma muet français et italien est rédigé dans la langue de Fellini et s’adresse à un public averti. Enfin, on ne peut que souhaiter qu’André Deed retrouve la place qu’il mérite auprès de ses pairs : Chaplin, Keaton, Linder...
Albert Montagne



