



Alors que se multiplient en cette fin d'année les bilans cinéma 2011 (le top des meilleurs films), il faut souligner les bilans censoriaux sur le cinéma par Christophe Triollet : Une année de censure plutôt calme, et sur le théâtre par Amélie Blaustein Niddam : 2011, le théâtre au coeur des tensions. Mais que penser - sans parler de censure - pour le cinéma de l'année 2012 ? 2012, annus mirabilis ou annus horribilis ? Historiquement, chaque grande crise mondiale a enfanté, en projetant ses angoisses, un cinéma fantastique majeur. La crise économique et financière des Années 30 qui frappa les E.U. puis le Monde fut l'âge d'or des films fantastiques et horrorifiques avec des hordes de monstres inhumains et humains : Dracula, Frankenstein, King Kong, The Mummy, The Werewolf of London, Vampyr, Dr. Cyclops, Doctor Jekyll and Mr Hyde, The Mask of Fu Manchu, The Most Dangerous Game... La crise des Années 50 avec sa Guerre froide et la peur du nucléaire fut l'âge d'or des films nord-américains de science-fiction avec l'arrivée d'extra-terrestres plus ou moins verts (en réalité, des Communistes bien rouges), de toute taille, poil et écaille, surarmés et quasi invincibles : Attack of the 50 Foot Woman, Invasion of the Body Snatchers, It Came from Outer Space, The Blob, The Day the Earth Stood Still, The Thing from Another World, The War of the Worlds, This Island Earth... La crise mondiale des Années (20)10 est l'âge d'or des films millénaristes suggérant un Unhappy End : la fin du Monde ! Comme dans les Années 30, tout part de New-York, le chef de file des films d'horreur étant le King Kong d'Ernest Beaumont Schoedsack et Merian Caldwell Cooper avec l'empire State Building, monstre architectural et politique (au sens étymologique) dominant alors le Monde, dont la forme phallique symbolise a contrario l'impuissance de Kong, roi îlien complétement dépaysé et détrôné dans une jungle urbaine. Dans les années 2000, N.Y. est, plus que jamais, la mégapole américaine - centre culturel cinématographique et théâtral, centre boursier et bancaire, centre onusien, diplomatique et politique - et symbolise derechef au cinéma l'omnipotence des Etats-Unis à nouveau malmenée. Ce n'est pas pour rien si les attentats terroristes du 11 septembre 2001 ont visé et détruit les Twin Towers de N.Y., qui furent pendant longtemps les plus hauts gratte-ciel du Monde (N.Y. étant "par nature" la Ville aux gratte ciel !). Mine de rien, plus que l'hégémonie mondiale des E.U., ce qui est surtout remis en question est la Liberté (avec la Démocratie), symbolisée dans de nombreux films (et téléfilms) américains par la statue de la Liberté dont la flamme vacille et s'éteint, la tête et le corps chancèlent et tombent. Les séquences et les affiches sur la chute de la (statue de la) Liberté - allégorie des E.-U. comme Marianne pour la France - marquent la fin des E.-U. et donc d'Un monde (mais pas du Monde) : 2012, en tout premier lieu, mais aussi 2012 Ace Age, Cloverfiel, After Shock, Escape from New York, The Day After Tomorrow, Planet of the Apes, et même un pastiche, Desaster Movie... Pour finir, si le malheur peut venir d'une des plus grandes métropoles d'Amérique du Nord, le salut pourra venir d'un tout petit village du sud de la France : Bugarach ! Bref, lux fiat ! Bonne année 2012 cinéphile à tous et bienvenue à toutes dans l'Aude de ci, de là! Albert Montagne
PS. Réservons notre pessimisme pour l'année 2013 !
PS. Bis. Deux musiques au choix pour (re)lire cette note : The Doors ou Nina Hagen.

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