Toute démocratie est forte de quatre pouvoirs qui se complètent et se surveillent, chacun étant indépendant des autres : le pouvoir législatif qui fait les lois, le pouvoir exécutif qui fait exécuter les lois, le pouvoir judiciaire qui punit le non-respect des lois, et le pouvoir médiatique qui dénonce les atteintes à la loi. Ce Quatrième pouvoir, s'épanouit pleinement - du moins cinématographiquement - aux Etats-Unis dans Les hommes du Président d'Alan J. Pakula (1976) où l'enquête de deux journalistes du Washington Post débouche sur le scandale du Watergate et aboutit à la démission du président Richard Nixon. En France, cette presse semble ne pas être un contre-pouvoir efficace, préférant notamment le silence. Par exemple, on pourrait penser au film Le bon plaisir de Francis Girod (1984) qui contait l'existence de l'enfant caché d'un président de la République. Ce président existait, tout comme l'enfant, mais seuls des initiés savaient que le film, à sa sortie, n'était pas une fiction politique. Le Canard enchainé de ce mercredi 11 janvier révèle la censure médiatique du film Les nouveaux chiens de garde de Gilles Ballastre et de Yannick Kergoat, un documentaire politique ayant le tort de critiquer les médias (et sortant en salles aujourd'hui). Synopsis : "En 1932, l’écrivain Paul Nizan publiait Les chiens de garde pour dénoncer les philosophes et les écrivains de son époque qui, sous couvert de neutralité intellectuelle, s’imposaient en véritables gardiens de l’ordre établi. Aujourd’hui, les chiens de garde sont journalistes, éditorialistes, experts médiatiques, ouvertement devenus évangélistes du marché et gardiens de l’ordre social. Sur le mode sardonique, Les nouveaux chiens de garde dénonce cette presse qui, se revendiquant indépendante, objective et pluraliste, se prétend contre-pouvoir démocratique. Avec force et précision, le film pointe la menace croissante d'une information produite par des grands groupes industriels du Cac40 et pervertie en marchandise". Pour Le Canard enchainé, "Gilles Ballastre et Yannick Kergoat montrent, preuves à l'appui, qu'il serait bien naïf de croire que télés et radios, appartenant aux groupes industriels et financiers intimement liés au pouvoir (Bouygues, Lagardère, Dassault), jouiraient d'une quelconque indépendance". Il parait donc évident que : "à moins d'une révolution médiatique (on peut rêver), ce documentaire choc devrait donc rester interdit de télé jusqu'à la saint-glinglin". Yannick Kergoat a déjà dénoncé une auto-censure : le film, qui a été proposé à de nombreuses chaines, a été refusé partout et risque de ne jamais passer à la télé !
Albert Montagne

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